... elle qui en a eu bien peu. Pour l'avoir perdue trop tôt, je n'en ai pas moins gardé le souvenir de ses gestes dans le quotidien, entièrement voués au bien-être de sa famille. J'aime me souvenir d'elle dans ces gestes-là, qui m'ont tant appris, sans mots inutiles, ces mêmes gestes que, parfois, je perpétue pour le bonheur de ceux qui m'entourent. Tout simplement.
Bienvenue chez moi, à vous, explorateurs du net.
Ici tout est souvent improvisé, un peu sens dessus dessous, un peu comme dans mon esprit, ma maison, ma vie, ma devise étant "pas de regrets de ce qui n'a pas été, heureux de ce qui est, et toujours curieux de ce qui sera", et ma seule constante étant le plaisir des mots jusque dans les maux.
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mardi 17 juillet 2012

souvent, je m'imagine

Souvent,
je m'imagine rêvassant
à l'ombre d'un grand papayer
et de ses longs et beaux fruits verts
tel celui qui trônera certainement
dans la fraîcheur d'un petit jardin
qui ressemblera à n'en pas douter
à celui que me contait si souvent
de son doux timbre serein
ma belle et tendre maman

Souvent,
je m'imagine vieillissant
aux sons multiples des voix aiguës
de la foule dense se bousculant
très tôt joyeuse et animée
 profitant de la fraîcheur du matin
où se mêlent les cris confus 
des petites filles excitées partant
enchantées main dans la main
au marché avec leur maman

Souvent,
je m'imagine cheminant
sur le dos d'un buffle nonchalant
foulant d'un pas lent et machinal
l'herbe souple et drue des rizières
sous un vent léger et caressant
qui agacerait un peu mon nez
du parfum délicieux mais entêtant
des fleurs de bigaradier
ornant la coiffe de ma maman

Souvent,
je m'imagine remontant
dans la quiétude de l'après-midi
les ruelles calmes désertées
quand derrière les murs à pas lents
se déplacent les grands seigneurs
dans leur sombre demeure à secrets
telle celle de ce grand-père redouté
que personne n'a jamais rencontré
à ce que me racontait ma maman

Souvent,
je m'imagine savourant
à l'ombre du grand papayer
la tiédeur de la journée envolée
regardant la jeune servante
venir cueillir de sa main habile
ce long fruit à l'odeur fragile
qu'elle transformera rapidement
en un plat frais et parfumé
sous l'œil attentif de ma maman

Souvent,
je m'imagine m'endormant
à l'ombre d'un frangipanier
quelque part dans la vallée
aux senteurs de lotus et de jasmin
de ce beau pays tellement lointain
que mes grands yeux se sont usés
à le chercher quelque part
et ailleurs aux détours déformants
des souvenirs de ma maman.

En publiant mon dernier billet, j'ai repensé à ce pays que je ne connais quasiment pas, et, de fil en aiguille, à ce stade de ma vie actuellement très incertaine de tous points de vue, je me suis demandée si je le (re)verrai un jour et si je pourrais y vivre... Jeune, la réponse me semblait bien négative, tellement le rythme de vie adopté ici me paraissaît à l'opposé de ce que je pouvais imaginer à travers les souvenirs de mes parents. Culturellement, il est indéniable que je suis complètement ignare des us et coutumes de mon pays de naissance, de ses traditions à part les grandes lignes, de son protocole très compliqué, même, surtout, en famille, de son histoire, de sa langue excepté quelques mots d'usage... L'autre jour, en attendant le bus, j'entendais deux messieurs asiatiques dont, à leur accent, j'étais persuadée qu'ils parlaient vietnamien. Or, je n'ai pas compris un traître mot de ce qu'ils disaient ! Et hier, en faisant la queue dans une épicerie du 13ème, itou ! Sur deux phrases, si j'ai compris trois mots, c'était déjà beaucoup ! J'étais pourtant persuadée que je "parlais" le vietnamien...
En attendant que la situation compliquée dans laquelle je me meus actuellement se décante un peu, je ne sais pas pourquoi, je me suis soudain vue vieillissant au Vietnam, comme un refuge un peu familier. Illusion sans doute. Mais, de fait, de mes voyages multiples effectués ici et là en Europe, ma seule incursion sur mon continent natal étant un pied posé sur la rive asiatique du Bosphore, je suis persuadée que le lieu m'importe peu. Je suis capable de m'installer des journées entières juste à regarder et écouter vivre les gens, sans hâte de me presser dans les lieux touristiques bondés, je reste convaincue que l'on "apprend" mieux un pays de la sorte qu'en parcourant des kilomètres en car à voir défiler des paysages ou en piétinant dans les musées, toutes choses qu'on peut parfaitement faire de chez soi à travers les livres ou autres moyens télévisuels. Il me revient d'ailleurs en souvenir mon séjour à Istanbul, où je suis restée sur place plus de quinze jours, à la grande surprise des passagers de l'avion qui s'étonnaient de ne pas m'avoir vue dans le "circuit" pendant tout ce temps-là, alors qu'ils avaient "fait" la Turquie en 5000 km... Ben non, je suis restée à Istanbul, à aller à la rencontre de la population, à passer des heures à parler avec ses habitants de toute sorte, de l'étudiant chevronné rêvant d'une expatriation aux USA, au jeune et riche marchand de tapis fon da men ta liste qui quittait régulièrement son magasin à l'heure de la prière, fort instruit mais remettant soudain tout en cause jusqu'à nier les résultats de la science "parce qu'il n'a rien vu de ses propres yeux" et qu'ils étaient contraires aux écritures ou impossibles à vérifier, ou encore ce marchand d'instruments de musique passionné par son art (il était lui-même fabricant de ud), et encore cet anatolien qui descendait de sa montagne dans ses vêtements traditionnels avec un barda incroyable sur le dos, des babioles insignifiantes à vendre dans la journée pour (sur)vivre, passant sans broncher devant une vitrine aseptisée où, derrière leurs bureaux high tech, des hommes en costume sombre pianotaient sur un clavier les yeux rivés sur leur écran d'ordinateur...
Oui, souvent, je m'imagine, ici ou ailleurs, peu m'importe, mais ce serait peut-être bien au Vietnam, pourquoi pas ?

samedi 23 juin 2012

l'odeur de la tomate verte

Bien que je fréquente de moins en moins les blogs, ou du moins, tout en lisant mes préférés, je les commente peu faute de temps ou à cause des sas de sécurité des uns et des autres malgré mes protestations du genre "I'm not a robot !", il m'arrive d'avoir des coups de coeur pour certains billets et d'en parler sur mes propres blogs. Aujourd'hui, ce sera pour un message de TM, Tambour Major, un blog que j'aime beaucoup pour la qualité de son écriture. Il y décrit cette délicieuse odeur de la tomate verte ICI, une odeur quasiment addictive contenue principalement dans les feuilles et les pédoncules de la plante. Une odeur d'enfance, presque, pour moi, malgré mes origines asiatiques qui devraient davantage m'interpeller sur "L'odeur de la papaye verte", devenue le titre d'un film de Tran ANh Hung que j'avais apprécié, en dehors de toute considération sur le thème de la servitude de la femme, en raison des sensations qu'il véhiculait à travers les images d'un pays lointain que je n'ai pas vraiment connu pour l'avoir quitté trop jeune, les histoires que je n'avais pas vécues mais que j'inteprétais à travers ce que me racontaient mes frères et soeurs plus âgés qui avaient eu le bonheur d'en avoir gardé des souvenirs, eux que je pouvais ainsi parfaitement imaginer enfants à travers ce petit garçon gâté qu'était le héros du film à son début. La scène du garçonnet en train de pisser sur le carrelage que la domestique venait de nettoyer m'a particulièrement marquée. Je pouvais tout à fait la calquer sur la méchanceté de beaucoup de bambins dont le pouvoir s'exerçait déjà ainsi mal et méchamment dans un pays où la pesanteur des différences de classes était encore très prégnante lors de notre départ. Ma soeur aînée, elle, prétendait que les nounous mettaient du poivre dans sa nourriture pour les faire réprimander, voire renvoyer quand l'une ou l'autre ne lui plaisait pas. Quant à moi, encore peu causante à l'époque compte tenu de mon très jeune âge (3 ans), j'avais un tel appétit pour les bananes que ma mère avait fini par douter que c'était moi seule qui en avalais tant en une journée, à voir diminuer le régime à vue d'oeil et malgré les explications de ma nounou sur ma voracité. Mais peut-être qu'elle m'en donnait une bouchée et en mangeait trois, comme souvent le faisaient les servantes dans les maisons où elles n'étaient pas bien traitées et ne mangeaient pas suffisamment à leur faim. Je confirme, j'aime toujours les bananes, mais pas trop mûres ! La banane verte a aussi, pour moi, une odeur... d'enfance !
La première partie du film susévoqué, tout en nuance, m'avait bien plu, la fin, plus théâtrale et surjouée, presque ridicule, beaucoup moins. Et je n'y ai guère cru à cette histoire d'amour sans entraves d'un fils de famille, même ruiné, avec une servante, si jolie fût-elle. Je raconterai peut-être un jour celle de ma mère avec un des frères de l'empereur... Mais bon, si cela avait marché, je ne serais pas là pour blablater avec vous puisque ma maman n'aurait pas rencontré mon artiste de papa !
Après l'avoir vu, il m'est arrivé de me jeter sur des papayes vertes au marché asiatique, mais, j'en trouve l'odeur fort insipide. Peut-être n'a-t-elle pas la même odeur lorsqu'elle n'a pas voyagé ? Je ne le saurais jamais, enfin, pas pour l'instant ! En revanche, celle de la tomate verte, paradoxalement, hésitant entre évanescence et tenacité (en fait, elle est fugace mais on se la rappelle facilement lorsqu'on la sent), celle dont on s'enivre volontiers en froissant ses feuilles ou pédoncules chaque fois qu'on passe à côté, celle qu'on a peur d'oublier, qu'on croit avoir oubliée pour courir aussitôt très vite au jardin la sentir à nouveau et, au passage, mordre dans un beau fruit encore un peu tiède de soleil, si savoureux de la sorte, cette odeur-là, je l'adore ! Si vous voyez un jour au supermarché une nana en train de froisser pendant de longues minutes les pédoncules de tomates en grappe pour les sentir encore et encore, ou s'en imprégner les mains, ne vous étonnez pas, hein ?!  

Si ce n'était pas si compliqué de faire pousser des tomates lorsqu'on n'habite pas sur place, j'en aurais mis plein dans mon jardin. J'avais fait un essai au début de l'achat de mes maisons bretonnes, me souvenant de ces terrains vagues où j'allais parfois chercher des fossiles (fougère) de schiste. J'y rencontrais souvent des pieds de tomates qui semblaient y poussaient tous seuls et facilement, avec plein de fruits dessus de toutes les couleurs, passant du vert foncé, au vert clair, au jaune, enfin à ce rouge si attractif pour une tomate ! En réalité, c'est un fruit-légume que je ne suis pas sûre d'aimer. En tout cas, enfant, je n'en aimais pas la peau. Si maintenant j'en mange volontiers cuite sans la peau, à toutes les sauces, crue je ne l'aime que... lorsque j'en grappille dans un jardin ! La production intensive et le peu de goût qu'elles ont désormais y est certainement pour quelque chose... Ça peut être tellement délicieux, pourtant ! Or, les plants ont besoin d'être ébourgeonnés et tuteurés pour produire correctement. La mamie qui habitait à côté de chez moi en Bretagne s'était un peu moquée de moi à ma première tentative en me disant "Et comment elles vont pousser quand tu ne seras pas là ?". Rudes, les paysans du coin ? Dans le discours, peut-être. A mon retour, j'avais découvert des plants généreusement arrosés et soignés, bien attachés à leurs tuteurs. Bonne fée Yvonne avait veillé sur leur croissance, ce qui m'avait permis d'avoir une jolie petite récolte sur trois pieds seulement, au milieu de mes soucis ! Je les ai cueillies... vertes, car j'adore la confiture de tomates vertes. La première fois que j'en avais mangé, c'était chez ma soeur D., une confiture de tomates-cerises vertes, c'était délicieux, avec un goût qui rappelle un peu la groseille à maquereaux. Depuis, dès que j'en ai l'occasion (à vrai dire peu souvent puisqu'il me faut des tomates, non seulement de jardin, mais encore non traitées, ce qui restreint effectivement les perspectives !), j'en fais.
Ma recette de confiture de tomate verte est très simple : il suffit de laver les tomates, de les essuyer, puis de les couper en morceaux et de les faire macérer dans du sucre. J'utilise 800 g de sucre pour 1 kilo de fruit, et j'ajoute le jus d'un citron par kilo de fruit. Au bout d'une nuit ou journée de macération, je fais ma confiture de la même façon que n'importe quelle autre confiture courante (cliquer ICI si la confection de cette préparation qui fait le délice des gourmands vous intéresse, j'y ai écrit des généralités dans un billet spécial destiné à un magazine). Elle cuit en une trentaine de minutes, l'odeur en est agréable et le goût... Mmmmm...
Et je n'oublie pas que les "Beignets de tomate verte", sont aussi délicieux, comme le film au titre éponyme, de Jon Avnet, dont la conseillère, Cynthia Hizer Jubera a donné elle-même la recette suivante : "Une belle tomate verte par personne, sel, poivre, farine de maïs, saindoux - Découper les tomates en rondelles épaisses, les assaisonner avec poivre et sel et les fariner. Les faire frire ensuite de chaque côté dans la graisse bien chaude, et... mourir de plaisir !"

lundi 7 mai 2012

soleil !

Ouf, ça réchauffe les coeurs et ça fait du bien de sourire un peu, en attendant demain. Qui vivra verra comme disait mon Papa (non, non, Papa, ne me frappe pas, tu sais bien qu'on n'a jamais été d'accord sur beaucoup de sujets !)

jeudi 15 mars 2012

mémoire d'histoire, de littérature, de cinéma, de famille...

Pierre Schoendoerffer... J'aimais bien ce cinéaste hors sentiers battus, écrivain à ses premières heures, "grand amateur d'Herman Melville, Joseph Conrad ou Jack London, et passionné par la mer et obsédé par un désir tenace, celui de raconter des histoires. Ainsi, hors le goût de l'aventure, son autre passion sera le cinéma..." (pour lire l'article paru hier dans Le Monde sur Pierre Schoendoerffer, cliquer sur le nom).
"La 317ème section" est le premier film de guerre que j'ai vu, pas vraiment un film où on voit la guerre se dérouler, mais plutôt se vivre de l'intérieur de ceux qui la font vainement... Il m'avait marquée même si à l'époque, bien trop jeune, je n'avais pas encore les éléments pour en comprendre l'exacte teneur. Depuis, pourtant,  j'ai une vraie attirance pour les films intimistes sur la guerre. En réalité, je crois que "la 317ème section" m'avait surtout marquée parce que mon père "l'écoutait" (il était devenu aveugle) à la télévision pendant que ma mère essayait d'y entrevoir des paysages de quarante ans de sa vie. Entre deux jeux d'enfants, je venais m'asseoir sur ses genoux et regardais quelques images en m'écriant "Ca se passe dans ton pays, Papa, ça rappelle les histoires que tu racontes à M. Léopold !" (*). C'était leur pays, c'était, c'est mon pays, celui que je ne connais toujours pas encore...
A la mémoire de mes parents
(*) "M. Léopold" comme on l'appelait (j'ignore si c'était son nom ou son prénom, mais connaissant mon père, il ne l'aurait jamais appelé par son prénom), était un de ses subordonnés au Vietnam. Il venait souvent à la maison quand j'étais enfant, parler du pays, des moments vécus ensemble. Parfois, quelques bribes de conversation parvenaient à mes oreilles. Comme tant d'autres bribes avec lesquelles j'essaie de reconstituer la vie de mes parents avant la France...
Pour mémoire aussi, j'adore Melville, London, Conrad, ils figurent tous en bonne place dans ma bibliothèque. 

dimanche 22 janvier 2012

j'aime la nuit en ville

J'aime la nuit en ville, belle, profonde,
quand elle valse au gré des phares,
quand les solitudes se répondent
derrière chaque fenêtre éclairée,
s'étirent sur le quai du métro déserté
ou se meurent dans ses néons blafards,


 
  
   
J'aime la nuit en ville, quand les gens se croisent
sans se voir ni se regarder,
chacun dans ses pensées,
se regardent sans se rencontrer,
chacun dans ses rêves secrets,
se parlent sans s'écouter,
chacun dans son monde enfermé.

 
(photos ci-dessus : biblio et resto du centre Pompidou)

J'aime la nuit en ville, reine en robe turquoise,
quand elle scintille au milieu des gens sans fard,
quand les gens s'y côtoient sans le vouloir,
se quittent dans le brouhaha des gares,
sans savoir si c'est seulement un au-revoir,
se hâtent vers leur foyer sans hasard,
ou errent, loin des fastes de la cité, hagards…

 
(à gauche, Saint--Germain Odéon, à droite, Arts et Métiers - impasse donnant sur la rue de Palestro)

Oui, j'aime la nuit en ville, quand mon âme vagabonde s'imagine des milliers de vies qui n'existent pas, quand les gens dorment tranquilles pendant que je les crois en éveil grâce à ces rêves d'impossibles ailleurs, de nouvel ici, de probable nulle part, quand, au détour d'une librairie, je pourrais me croire transportée ailleurs alors que je suis là, dans le silence de la nuit qui ne m'appelle pas...
(Very far away, un titre plein de promesses)

 

J'aime la nuit en ville, parce que je n'aime pas le noir, celui des romans sans espoir, quand je peux croire que, dans les lumières des lampadaires, les monstres se sont évanouis dans la douceur du soir ou se sont volatilisés dans le souffle du dernier métro.

J'aime la nuit en ville, quand la vie ne ressemble plus à une tragédie grecque ni même à une comédie italienne, quand le jeu dans les théâtres et le rire sur les scène effacent la petitesse de ceux qui empoisonnent les nuits de nos jours...

 
(la toute petite couverture en bleu, à droite du "rire (le)", c'est "Sarko et Co", un livre de Guy Bedos)
J'aime la nuit en ville parce que je n'aime pas le noir, celui qui me fait peur comme cet abîme sans fond, celui où je sombrerais s'il n'y avait cette étincelle qui éclaire les jours de mes nuits, celui qui m'ôterait cette fascination que j'ai pour la vie et ses faces plus cachées que celles de la lune, à l'infini…

J'aime la nuit en ville, quand elle allume ses feux sans artifice au gré de mes désirs, quand "l'imagination est plus importante que le savoir" (*), quand on attend dans la rue du Jour le soir salvateur, pour que la vie continue sa ronde comme un manège déréglé tournant fou, quand nos rêves débordent des écrans jamais assez grands pour les contenir sans flou…

 


J'aime la nuit en ville, belle et profonde, comme la Seine qui coulait profonde et belle du temps de mes amours tumultueuses, dont les souvenirs continuent de valser dans le soir de mes yeux attendris.


J'aime la nuit en ville, quand tous les masques tombent, quand on devient acteur de ses propres comédies et non empereur de pacotille le temps des flashes et des discours vains pompeux et vaniteux…


J'aime la nuit en ville, quand tout s'apaise, comme le chat qui dort.

J'aime la nuit quand elle tombe sur ma ville...
 
... et laisse ma vie en points de suspension !


(*) citation d'Einstein

dimanche 1 janvier 2012

voeux 2012

A vous tous qui passerez chez moi d'ici le 31 janvier prochain, je souhaite une très belle année 2012, pleine de douceur(s) à l'intérieur comme à l'extérieur de vous, de chez vous, avec tous ceux que vous aimez ! Gardez-vous en bonne santé pour que le moral suive dans la joie et l'espoir de jours encore meilleurs !

dimanche 25 décembre 2011

joyeux noël et premiers voeux de ce blog

Joyeux Noël à vous tous qui passerez par là aujourd'hui !
En ces temps de belles fêtes pour beaucoup,
pensons à ceux qui ne vivent que d'espérance infinie,
faisons tout ce que nous pouvons de nos atouts
pour que leur attente ne soit pas toujours vaine.
Dans la volonté de sauver nos âmes encore humaines
ne passons pas à côté de l'essentiel dans la vie des autres
veillons à ne pas laisser s'éteindre notre sens du partage,
pour que chacun puisse trouver une place comme la nôtre
celle où nous aimons vivre avec un ciel clair sans nuages...

Je dédie les premiers voeux de ce blog
à la mémoire de ma mère, si généreuse dans sa vie

lundi 12 décembre 2011

photos de soirs pour une soif d'eau, ici et ailleurs...

La lune était belle au-dessus de la Seine, samedi soir. J'ai pris quelques photos en allant à un rendez-vous bière-moules-frites. En traversant le pont Saint-Michel pour rejoindre la place du Châtelet, j'ai vu au loin l'hôtel de ville illuminé pour les fêtes. Quand j'habitais à côté, je ne faisais jamais attention à ce genre de détail... On prépare Noël beaucoup trop tôt, cela fait perdre de la magie à cette fête qui peut être somptueuse dans certaines traditions. Du vivant du père d'Oli, on passait parfois les fêtes dans le Jura, souvent la neige était au rendez-vous. La grande cheminée de l'ancienne ferme restaurée, après dépose pierre par pierre de la bâtisse louée aux paysans du temps des arrières grands-parents, puis remontage dans les règles de l'art par un artisan spécialisé dans la réhabilitation des bâtiments anciens, n'était pas de trop pour nous réchauffer après nos promenades dans cette région, appelée aussi "la petite Sibérie" où, parfois, en hiver, la température descend jusqu'à -40°... Finalement, je n'aime la moyenne montagne qu'en hiver, même si ne je suis pas une fan du ski de fond, ni même, d'ailleurs, du ski alpin, je n'ai plus chaussé de ski depuis bien longtemps. La mer, la mer, encore la mer, sans être une sportive aquatique non plus, je ne m'en lasse pas, de ses mouvements incessants... La campagne me semble par trop statique. Bien que le passage d'une saison à l'autre y soit fort spectaculaire, je m'y ennuie vite... Je crois que j'ai besoin de savoir l'eau à proximité de moi pour me sentir bien...
 
Quel que soit l'endroit, mes pas me mènent toujours au bord de l'eau, comme un besoin inconscient, un recroquevillement sur moi-même, l'espoir impossible de retourner dans l'eau de la vie dans le ventre de ma mère...
L'eau de la Seine, aujourd'hui, l'eau du Rhin, hier (ci-desssous, Strasbourg)

L'eau de la Manche, demain, celle qui vient lécher la maison de Maria les soirs de grande tempête, celle vers laquelle mon regard se tourne inlassablement, matin et soir...

  

jeudi 8 décembre 2011

souvenir du jour (neige)

Ce plaqueminer(*) m'émerveille chaque
année en cette saison...

cliquer ICI, pour le plaisir des yeux !
Je me demande si je ne préfère pas la neige au temps de ch... qu'on a en ce moment ! Le matin, j'ai du mal à me lever, il fait sombre et humide, on a la même lumière, ou plutôt la même absence de lumière toute la journée, brrr... Pas joli, ni encourageant, pour mettre le nez dehors. Or, il y a de jolies photos à faire : hier, en passant en taxi le long des quais, j'ai été surprise par le contraste entre le ciel très sombre, presque noir, et les mouettes en mouvement au-dessus de la Seine. Certaines volaient assez bas au-dessus de l'eau, leurs plumages blancs et gris se fondaient tout en se détachant superbement sur ces fonds ténébreux, de même que la silhouette des arbres tout dépouillés laissant apparaître leurs branches et troncs clairs et blancs pour quelques-uns... Les façades monochromes des monuments prenaient de même beaucoup de relief avec cette lumière saturée qui enveloppait toute la ville. Malheureusement, je n'avais pas d'appareil sur moi..., cela aurait bien valu bien une balade clic-clac ! Voilà, ça m'apprendra à être défaitiste ! En fait, je n'ai pas le réflexe photo sur mon téléphone portable, qui donne des résultats pourtant assez satisfaisants... Mais quelquefois, j'aime bien oublier l'appareil, juste pour prendre le temps de contempler, sans intermédiaire, j'ai remarqué que cela tronquait parfois les impressions, de faire une fixation sur les photos...
Ce même plaqueminier, sous la neige,
l'année dernière, à la même date,
à la même heure...
L'année dernière, au même moment, je m'en donnais à coeur joie, de prendre Paris sous la neige, une bonne journée de récréation dans laquelle j'avais même pu entraîner Oli, sans  qu'il ne résistât trop longtemps ! On en garde encore un souvenir vivant, de cette pagaille en plein centre ville, et c'est là qu'on se dit qu'on a bien de la chance de pouvoir se passer de voiture dans la capitale. Espérons que notre service public des transports ne va pas se détériorer comme la poste, où certains jours les scènes sont assez ubuesques... Hier, je me suis arraché les cheveux devant une machine pour envoyer une LRAR, tout ça devant les yeux de merlan frit d'un employé qui se tournait les pouces en attendant que j'aie fini, pour enfin me la prendre des mains et faire son boulot d'envoyeur, c'est-à-dire le mettre dans le panier correspondant !!!
(*) Le plaqueminier donne des fruits comestibles, appelés kakis. En ce moment, j'en fait une bonne cure,  nature, c'est bon pour le régime, et si d'aucuns trouvent son goût assez fade, sa saveur très subtile me plaît. Parfois, je le découpe en tranches et l'assaisonne de... sel et poivre ou de piment d'Espelette ! Ceux que je préfère sont les Persimon, en provenance d'Espagne, une variété désormais facile à manger, il n'y a plus besoin d'attendre qu'ils soient très mûrs, voire blettes ou déliquescents, ils ne sont plus âcres du tout. Auparavant, seule la variété Sharon (en provenance d'Israël) permettait de les manger crus encore fermes, sans attendre le blettissement.

mardi 29 novembre 2011

hasard de blog au fil de Venise (dédicace à Dany)



En passant chez Danielle (créatrice d'un superbe blog sur Venise),
(http://venetiamicio.blogspot.com/) aujourd'hui, il y avait une photo qu'elle a prise à partir de l'hôtel où elle séjourne régulièrement et actuellement. Les hasards de sa nouvelle chambre ont fait que nous avons presque la même photo de Venise ! Bon, d'accord, moi, je l'avais prise d'un vaporetto, la vue est un peu chancelante comme ces flots qui mouvementent le grand canal avec son trafic parfois survolté, par rapport à la sienne, privilégiée par un réveil contemplatif, luxe que seule la prise de temps permet, sur le bout de la calle del Rosa. Je me souviens maintenant qu'elle m'avait effectivement dit, en voyant la photo dont je suis l'auteur, sur le blog de Zeb (billet "pas un chat, mais des chats à Venise", publié en avril dernier 2010 (dans mon désordre quotidien, je perds la notion des jours, des semaines, voire des années !), que c'était la vue qu'elle voyait tous les matins de son squat vénitien habituel puisqu'elle a la magnifique opportunité d'y aller chaque année en diverses occasions !!! Chat alors ! Tiens, pour la peine, je publie les deux photos, en dédiant la mienne (qui n'est assurément pas une oeuvre d'artiste comme la sienne, hi, hi !) à son blog très agréable à parcourir, comme ces inlassables promenades dans la Sérénissime...

C'est vraiment la même vue, mais les couleurs ne sont pas les mêmes !!! Ma photo date d'avril 2010... Les arbres sont toujours là, les embarcations aussi, quasiment dans la même position, mais il faut croire qu'en avril elles sont plus frileuses qu'en novembre : celle à gauche avait un taud !
Je dédie évidemment à Dany ce billet, en lui souhaitant un excellent séjour dans cette cité si intemporelle que seules les nuances de couleurs rappellent qu'elle vit au rythme des secondes de notre temps... Un petit texte ? Cliquer ICI...

dimanche 27 novembre 2011

un peu de lecture, en attendant...

... que je mette de l'ordre dans tous mes blogs, les anciens et les tout neufs ! Le texte ci-dessous a déjà été publié sur un autre blog que certains d'entre vous connaissent, un de mes blogs actuellement en dormance (les travaux n'avancent pas vite, je dirais même qu'ils n'ont pas commencé, vu que je ne sais pas par quel bout les prendre, pas douée la fille !).
Il avait été conçu dans le cadre d'un jeu d'écritures (cinquième du genre) mis en scène par Lizly et Madame Kevin du "blog à mille mains" (ICI) . Ce jeu consistait à imaginer un récit à partir de cette illustration (cf. Cuisine(s) et dépendance(s), Libellés, v° écriture (jeu), billet du 23 novembre 2010, que je viens de restaurer pour les références aux différents blogs qui en ont été les organisateurs, et celui de JJP44 couleurs d'aencre un blog que j'aime beaucoup lire et sans lequel je n'aurais pas connu ce jeu. En passant, merci JJ !  

"La maison au milieu des arbres brûlés"
"Pourquoi celui-là, ce tableau-là, et pas un autre de toute la série qu’elle avait retrouvée dans ce grenier poussiéreux de la demeure familiale abandonnée depuis des lustres, dans ce coin du Jura où personne ne mettait plus les pieds. "Trop froid", "trop sec", "trop loin de la mer", les excuses ne manquaient pas dès lors que tous ses frères et sœurs avaient choisi le soleil… C’est curieux, cette attirance pour le soleil, le ciel bleu, la mer, la chaleur, dans cette famille, tous blonds au teint diaphane, n’ayant rien de méditerranéen, ni dans les veines, ni dans la culture. La maison avait été vidée de ses plus beaux meubles d’époque entassés depuis des siècles, des meubles "qui sentent la mort", comme elle disait, pour rire, lorsqu’on lui demandait : "Tu ne prends rien ?"… Non, les meubles ne l’intéressaient pas. Elle est plutôt tournée vers le minimalisme, en architecture encore plus qu'en tout autre domaine, elle n'aime que les lignes très épurées, presque primitives, ou modernes, selon le recul dans la culture qu’on a de cet art difficile. Ses préférences sont loin du goût "Second em-pire" comme elle se plaît à le dire en deux syllabes bien distinctes ! Mais cette vue de New York sous la neige, l'un de cette série de tableaux reproduisant la même scène à des instants différents, telle une quête obsessionnelle de son auteur, son grand-père d’ambassadeur, la fascinait. Il y en avait au moins dix, entassés au milieu d’autres toiles poussiéreuses à souhait. Au moment du partage successoral, elle les avait toutes longtemps passées en revue d’un œil vague, sans conviction, leur préférant de loin les livres anciens, avant de s’arrêter sur cette série-là, lorsque son cœur n’avait fait qu’un saut dans sa poitrine en découvrant, sous le film de poussière, tous ces tableaux d’une même vue, des tours sous un paysage d’hiver. Il était difficile de les distinguer les uns des autres pour un œil peu averti en art pictural… Exactement les mêmes détails, avec juste une lumière différente. Une touche imperceptible de blanc, de bleu ou de jaune, et la neige prenait une autre dimension, imprimant alors au tableau l’état d’esprit du peintre à la création de son œuvre. Ici, elle était sombre et reflétait une morne journée pour ce grand-père ténébreux et poète à ses heures, là, elle était scintillante sous le soleil d’hiver, présage d’un instant joyeux que l'esprit mutin de son aïeul savait aussi parfois, oubliant alors ses fonctions et ses devoirs, appeler de tous ses vœux pour laisser libre cours à ses fantaisies, peu de mise dans ce milieu si conventionnel où il évoluait, ce soleil qui réchauffe les cœurs endoloris par des souvenirs trop cruels, comme aujourd’hui où elle regarde ce tableau-là, unique contrepoint sur le mur blanc de l'immense couloir d’entrée de son loft où un rayon oblique, arrivant du puits de lumière à l’instant même où elle passait le pas de la porte, avait sublimé la toile. Instant magique qui a donné au tableau enfin tout son sens, ce coup de foudre qu’elle avait eu pour cette série-là et pas une autre. New York, une ville qu’elle ne connaît toujours pas… Et pourtant… Est-ce cette lumière froide et sèche caressant timidement la toile, aujourd’hui, après une semaine de pluie grise et sale sur la capitale française, qui a restitué à cette vue une signification particulière, en cette saison où son âme mélancolique se complaît toujours à quelques souvenirs douloureux en se laissant même aller à pratiquer l’uchronie comme une science ? D'un geste machinal, elle expédie ses chaussures dans un coin de la pièce et, pieds nus, sans même prendre la peine de se chausser pour l'intérieur, elle s’arrête longtemps devant l'oeuvre, à la regarder, presque jusqu’à sa dématérialisation, comme si la scène n’était pas sur la toile, mais derrière celle-ci… C’est soudain une voix qui en sort : "What do you think I’m doing here ?"… Cette voix, si triste et résignée quand il disait cela..., comme si l’absence, la séparation, la modulait désespérément et inlassablement sur le même ton…, cette voix que sept heures de décalage horaire éloignaient d’elle dont le corps aurait franchi l’espace et le temps, sans conditions, ne serait-ce que pour sentir le souffle chaud d’où elle sortait, s'il le lui avait expressément demandé, lui qui se réfugiait derrière l'inutilité des mots quand les gestes suffisaient… Toutes ces journées à attendre que le téléphone sonnât, où elle errait dans son appartement comme un fauve en cage, dans l’incapacité totale de fixer sa contention sur un travail quelconque, à regarder l’horloge dont les minutes s’égrenaient narquoisement à une allure interminable… Toutes ces journées, si lointaines déjà qu’il fallait presque, dans les contingences habituelles, faire un effort pour se les remémorer dans tous leurs détails, où elle observait, de sa fenêtre, la rue sans la voir, où la fin de l’après-midi la surprenait encore le nez collé au carreau, à essayer de fixer ses idées, quand, dehors, les chiens libres allaient et venaient, se querellaient bruyamment, les enfants rentrant de l’école tapaient dans n’importe quoi sur leur passage pour se défouler, avec des cris qu’elle entendaient à peine, la rue grouillait de gens, les voitures klaxonnaient d’impatience derrière des camions en train de décharger, dehors où la vie battait son plein, alors que, à l’intérieur d’elle, tout était silence et attente… Toutes ces journées lointaines où le flux incessant de la circulation automobile, le hurlement des sirènes de pompiers complétaient la multitude des sons quotidiens de cette artère parisienne plutôt animée et bruyante, tandis que son esprit se frayait un chemin dans la confusion de ses pensées et traversait les mers jusqu'à lui... Toutes ces journées où son cœur bondissait là-bas, dans cette cité qu’elle ne connaissait pas et qu'elle rêvait de visiter et de photographier à l’envie, pour son graphisme si photogénique, imaginant sa grande silhouette derrière son bureau aux parois de verre, en train de plancher sur un projet d’envergure qui irait encore restreindre l'espace de ce paysage peint par son ancêtre...
Alors qu’elle esquisse un léger mouvement des pieds pour chasser de ses jambes ankylosées les fourmis, un avion passe le mur du son et la sort de sa rêverie. Elle se rappelle alors seulement ces instants où, dans la solitude de la nuit, son cœur pleurait en pensant à ces vols qui n’étaient pas encore arrivés à destination, à cette maison au milieu des arbres brûlés où ils avaient passé une semaine si particulière, quelque part dans le midi de la France, là où est resté à jamais, enfoui comme un secret s’il en était un, cet amour perdu dont elle n’arrive à parler à personne..."
En tout cas, j'en avais parlé à moi-même !!! Ce texte a été adapté pour coller au jeu, mais il existe, en partie, depuis... 1995 ! Il me souvient des grèves de cette année-là, le courrier n'arrivait plus régulièrement pour me permettre de travailler correctement à la maison, je n'avais pas envie de galérer pour aller au bureau, je m'étais un peu mise en indisponibilité, et, pour m'occuper, j'avais commencé une petite nouvelle qui devait faire une centaine de pages avec très peu de personnages. Ben, de fil en aiguille, je me suis attachée aux personnages secondaires, je les ai fait vivre, tellement bien qu'ils m'ont envahie !!! Trois mois après le début de l'écriture, j'en étais à... 450 pages, et  seulement aux deux tiers de la fin du roman (toujours au fond d'un tiroir, mais je ne m'appelle pas PPDA, c'est mieux qu'il y reste !!!). J'avais trouvé l'exercice simplement amusant, et plus amusante encore l'histoire de cette écriture, qui m'a habitée à tel point que mon homme en était même devenu jaloux !!!

 
Cartes postales du jour : Jura - Strasbourg - Automne 2011

mercredi 12 octobre 2011

le rouge et le noir, ou je me souviens d'une grande dame de la chanson


Corse - Coucher de soleil sur la baie de Saint-Florent

On ne sait pas pourquoi, certains jours, de fil en aiguille, les souvenirs remontent à la surface, d'abord avec imprécision, en un magma sans consistance, puis se forment comme des goutelettes fines, qui, en s'élargissant, se dessinent en belles arabesques, telle cette substance grasse qui prend naissance au milieu d'une flaque pour évoluer en un prisme merveilleux aux couleurs d'un arc-en-ciel qui surgit soudain comme le monolithe de l'Odyssée de l'espace (film de Stanley Kubrick), impressionnant, imposant, on ne voit plus que lui, comme une évidence incontournable. C'est alors une chute vertigineuse vers... le passé ? Je dirais plutôt un espace non-temps dans lequel l'esprit aime vagabonder, s'évader, en un circuit non pas linéaire mais circulaire dont, avec ou sans fil d'Ariane, on sait qu'on retrouvera la sortie, juste rappelé à l'ordre du jour par les impératifs de la vie dont on se passerait bien, surtout lorsqu'ils sont aussi bruyants qu'une sonnerie de téléphone, objet devenu certes indispensable dans la vie professionnelle de chacun, mais tant haï par moi que j'en suis très peu utilisatrice, même à usage privé, ne le tolérant que pour les urgences. En fait, je l'admets, je suis peu diserte au fil, je me contente d'écouter les autres s'épancher sur leurs malheurs (c'est vrai que je reçois peu de coups de fil joyeux, après quelques banalités d'usage, on en vient souvent "au fait" (?), comme si mon interlocuteur se rappelle soudain ma profession ou une proposition généreuse que j'ai dû faire un peu intempestivement, à un moment où j'étais, certes, disponible, ce qui n'est pas toujours le cas trois mois après, ou comme si on a juste besoin d'une oreille au bout du fil, peu importe laquelle, un numéro au hasard... J'écoute mieux mes proches que je ne sais leur parler de moi, j'y verrais comme une sorte de vanité, non pas que je n'ai point d'affection pour ceux qui m'écouteraient, mais seulement la certitude que rien n'y changerait...
En "parlant" avec Dany (du beau blog Venetiamicio) à propos d'une sympathique vidéo aux images époustouflantes, j'en étais arrivée à évoquer la Corse, son beau ciel en cette saison où j'aime bien aller les contempler, pour ses somptueux couchers de soleil sur la baie de Saint-Florent... Le rouge et le noir... Deux couleurs qui vont si bien ensemble que, tant dans la littérature que dans la peinture, on les associe sans modération. Et dans la chanson. Qui, l'ayant entendue, une fois, ne se souvient-il pas de ces fameux vers de la chanson de Jacques Brel, "Ne me quitte pas" :
"Et quand vient le soir
Pour qu'un ciel flamboie
Le rouge et le noir
Ne s'épousent-ils pas"
Lorsque j'entends cette chanson, évidemment, c'est Brel que je vois la chanter, avec sa gestuelle unique, la mobilité de son visage si expressif collant parfaitement aux mots, qui en faisaient un personnage fascinant sur scène, à l'inverse de Brassens dont j'adore les chansons mais que je trouvais très ennuyeux en spectacle. Mais, surtout, je me retrouve projetée je ne sais combien d'années en arrière, lorsque je venais de découvrir Les Trois Mailletz (*) où se produisaient parfois quelques artistes incontournables de l'époque. Un soir, Oli et moi, tout fraichement amoureux, y étions arrivés pour prendre un pot comme quelques jours auparavant. Or, entre-temps, je venais de me faire voler à l'arraché, un sport très en vogue à l'époque, si bien que, traumatisée, je ne portais plus de sac à main, je sortais légère, tout dans les poches... quand j'en avais, ou dans le soutif... quand j'en portais ! Ce soir-là, un beau soir d'été chaud mais avec de l'air, j'étais habillée en fille, pas en jupe-culotte, mais en vraie jupe virevoltante sous la brise douce de la fin du jour, je n'avais pas de poche, j'avais filé un bifton à garder à Oli qui lui était moulé taille mannequin (à l'époque !!!) dans un pantalon d'été tout blanc, avec juste un pull jeté par dessus les épaules, sur une chemisette bleu foncé à manches courtes. Je nous revois comme si c'était hier !
Au moment de partir et de payer, cata, Oli fouille, retourne désespérément ses poches, rien ! Apparemment, il n'y avait pas que les vols à l'arraché qui se pratiquaient dans les rues ou dans le métro ! Mon air consterné fit rire le patron, qui m'avait un peu repérée semble-t-il, la première fois que j'étais venue, il me dit, non pas de payer un autre jour, mais que ce n'était pas grave et qu'il fallait rester ce soir-là et descendre car il y avait Nina Simone qui se produisait. Woah, je l'aime cette grande dame de la chanson, on n'allait pas la rater, surtout à l'improviste comme ça, quelle aubaine !
On descend, tout heureux d'être si bien traités (sans être VIP !), une fille nous demande ce qu'on veut boire, on répond "rien" (!), qu'on voulait juste voir Nina Simone. Elle nous demande nos billets... Ben, on n'en a pas... Alors c'est TANT... Glups ! Ben, on ne peut pas payer, on n'a pas d'argent ! Elle nous toise de traviole, commence à s'énerver, ce qui attire l'attention des garçons derrière le comptoir... Tous nous regardent alors comme si on était des resquilleurs nés, la première honte de ma vie d'adulte !!! Heureusement que, à ce moment-là, le patron (vraiment adorable) était descendu, et, nous voyant encore plantés là comme des criminels en cours d'arrestation, interrogent du regard les employés qui, tout contents, clamèrent très haut "Ils n'ont pas d'argent !"... Re-honte, moi, petite-fille de mandarin, de grand seigneur ayant régné sur tout un village, si mon grand-père me voyait - remarquez qu'avec moi, il doit se retourner dans le tombeau des ancêtres plus d'une fois, et, de toutes façons, déshérité, mon père l'avait été bien avant moi, hi, hi !!! "Enfin, les gars, ça ne va pas, non ? Soyez sympa., prenez leurs vestiaires !" Euh... Olivier leur tend fièrement son pull, non pas miteux mais c'était tout comme, car à l'époque où je l'ai rencontré, il était plutôt du genre à garder même les chaussettes trouées. Inutile de vous dire qu'entre une qui jette tout et un qui collectionne tout, la vie commune ne fut pas facile, et elle ne l'est toujours pas, d'ailleurs  ! "Venez, nous dit ensuite le patron, la salle est déjà pleine, mais ici vous serez bien", nous chuchota-t-il en nous plaçant, debout, certes, mais, parmi d'autres personnes, dans un angle super pour la vue sur la scène !
Evidemment, chantée par Nina Simone, "Ne me quitte pas" prend d'autres allures. En définitive, je préfère quand même l'interprétation de Brel, le volcan éteint qui se réveille, je ne sais pas pourquoi, je pense que cela est plus... masculin ! Bref, n'étant pas féministe pour un sou, je m'ose cette distinction, que celles qui le sont me pardonneront, je l'espère ! Pour une femme, j'imaginerais plutôt une source tarie qui ressurgit...
(*) Situé 56 rue Galande, Les Trois Mailletz est un piano-bar, restaurant au rez-de-chaussée, et cabaret au sous-sol, avec ou sans dîner, une des plus vielles enseignes de Paris.
La terrasse est également agréable surtout en été pour prendre un verre ou dîner.

De 11h00 à 19h00 tous les jours au 01 43 25 96 86
Au piano-bar à partir de18h00 au 01 43 54 00 79
Au cabaret à partir de 20h30 au 01 43 54 42 94
Pour en savoir un peu plus, cliquer ICI 

Paroles de la chanson de Brel
- Ne me quitte pas
Il faut oublier
Tout peut s'oublier
Qui s'enfuit déjà
Oublier le temps
Des malentendus
Et le temps perdu
A savoir comment
Oublier ces heures
Qui tuaient parfois
A coups de pourquoi
Le cœur du bonheur
Ne me quitte pas (4 fois)
- Moi je t'offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays
Où il ne pleut pas
Je creuserai la terre
Jusqu'après ma mort
Pour couvrir ton corps
D'or et de lumière
Je ferai un domaine
Où l'amour sera roi
Où l'amour sera loi
Où tu seras reine
Ne me quitte pas (4 fois)
- Ne me quitte pas
Je t'inventerai
Des mots insensés
Que tu comprendras
Je te parlerai
De ces amants-là
Qui ont vu deux fois
Leurs cœurs s'embraser
Je te raconterai
L'histoire de ce roi
Mort de n'avoir pas
Pu te rencontrer
Ne me quitte pas (4 fois)
- On a vu souvent
Rejaillir le feu
D'un ancien volcan
Qu'on croyait trop vieux
Il est paraît-il
Des terres brûlées
Donnant plus de blé
Qu'un meilleur avril
Et quand vient le soir
Pour qu'un ciel flamboie
Le rouge et le noir
Ne s'épousent-ils pas
Ne me quitte pas (4 fois)
- Ne me quitte pas
Je ne vais plus pleurer
Je ne vais plus parler
Je me cacherai là
A te regarder
Danser et sourire
Et à t'écouter
Chanter et puis rire
Laisse-moi devenir
L'ombre de ton ombre
L'ombre de ta main
L'ombre de ton chien
Ne me quitte pas (4 fois)

- Ne me quitte pas
Il faut oublier
Tout peut s'oublier
Qui s'enfuit déjà
Oublier le temps
Des malentendus
Et le temps perdu
A savoir comment
Oublier ces heures
Qui tuaient parfois
A coups de pourquoi
Le cœur du bonheur
Ne me quitte pas (4fois)
- Moi je t'offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays
Où il ne pleut pas
Je creuserai la terre
Jusqu'après ma mort
Pour couvrir ton corps
D'or et de lumière
Je ferai un domaine
Où l'amour sera roi
Où l'amour sera loi
Où tu seras reine
Ne me quitte pas (4 fois)
- Ne me quitte pas
Je t'inventerai
Des mots insensés
Que tu comprendras
Je te parlerai
De ces amants-là
Qui ont vu deux fois
Leurs cœurs s'embraser
Je te raconterai
L'histoire de ce roi
Mort de n'avoir pas
Pu te rencontrer
Ne me quitte pas (4fois)
On a vu souvent
Rejaillir le feu
D'un ancien volcan
Qu'on croyait trop vieux
Il est paraît-il
Des terres brûlées
Donnant plus de blé
Qu'un meilleur avril
Et quand vient le soir
Pour qu'un ciel flamboie
Le rouge et le noir
Ne s'épousent-ils pas
Ne me quitte pas (4fois)
- Ne me quitte pas
Je ne vais plus pleurer
Je ne vais plus parler
Je me cacherai là
A te regarder
Danser et sourire
Et à t'écouter
Chanter et puis rire
Laisse-moi devenir
L'ombre de ton ombre
L'ombre de ta main
L'ombre de ton chien
Ne me quitte pas (4fois)
Un bon dessert en rouge et noir, des pruneaux cuits et framboises, dans un sirop léger parfumé au cognac ! C'est visuellement très beau, et l'on s'extasie comme devant un beau coucher de soleil ! 


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