... elle qui en a eu bien peu. Pour l'avoir perdue trop tôt, je n'en ai pas moins gardé le souvenir de ses gestes dans le quotidien, entièrement voués au bien-être de sa famille. J'aime me souvenir d'elle dans ces gestes-là, qui m'ont tant appris, sans mots inutiles, ces mêmes gestes que, parfois, je perpétue pour le bonheur de ceux qui m'entourent. Tout simplement.
Bienvenue chez moi, à vous, explorateurs du net.
Ici tout est souvent improvisé, un peu sens dessus dessous, un peu comme dans mon esprit, ma maison, ma vie, ma devise étant "pas de regrets de ce qui n'a pas été, heureux de ce qui est, et toujours curieux de ce qui sera", et ma seule constante étant le plaisir des mots jusque dans les maux.
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mardi 17 juillet 2012

souvent, je m'imagine

Souvent,
je m'imagine rêvassant
à l'ombre d'un grand papayer
et de ses longs et beaux fruits verts
tel celui qui trônera certainement
dans la fraîcheur d'un petit jardin
qui ressemblera à n'en pas douter
à celui que me contait si souvent
de son doux timbre serein
ma belle et tendre maman

Souvent,
je m'imagine vieillissant
aux sons multiples des voix aiguës
de la foule dense se bousculant
très tôt joyeuse et animée
 profitant de la fraîcheur du matin
où se mêlent les cris confus 
des petites filles excitées partant
enchantées main dans la main
au marché avec leur maman

Souvent,
je m'imagine cheminant
sur le dos d'un buffle nonchalant
foulant d'un pas lent et machinal
l'herbe souple et drue des rizières
sous un vent léger et caressant
qui agacerait un peu mon nez
du parfum délicieux mais entêtant
des fleurs de bigaradier
ornant la coiffe de ma maman

Souvent,
je m'imagine remontant
dans la quiétude de l'après-midi
les ruelles calmes désertées
quand derrière les murs à pas lents
se déplacent les grands seigneurs
dans leur sombre demeure à secrets
telle celle de ce grand-père redouté
que personne n'a jamais rencontré
à ce que me racontait ma maman

Souvent,
je m'imagine savourant
à l'ombre du grand papayer
la tiédeur de la journée envolée
regardant la jeune servante
venir cueillir de sa main habile
ce long fruit à l'odeur fragile
qu'elle transformera rapidement
en un plat frais et parfumé
sous l'œil attentif de ma maman

Souvent,
je m'imagine m'endormant
à l'ombre d'un frangipanier
quelque part dans la vallée
aux senteurs de lotus et de jasmin
de ce beau pays tellement lointain
que mes grands yeux se sont usés
à le chercher quelque part
et ailleurs aux détours déformants
des souvenirs de ma maman.

En publiant mon dernier billet, j'ai repensé à ce pays que je ne connais quasiment pas, et, de fil en aiguille, à ce stade de ma vie actuellement très incertaine de tous points de vue, je me suis demandée si je le (re)verrai un jour et si je pourrais y vivre... Jeune, la réponse me semblait bien négative, tellement le rythme de vie adopté ici me paraissaît à l'opposé de ce que je pouvais imaginer à travers les souvenirs de mes parents. Culturellement, il est indéniable que je suis complètement ignare des us et coutumes de mon pays de naissance, de ses traditions à part les grandes lignes, de son protocole très compliqué, même, surtout, en famille, de son histoire, de sa langue excepté quelques mots d'usage... L'autre jour, en attendant le bus, j'entendais deux messieurs asiatiques dont, à leur accent, j'étais persuadée qu'ils parlaient vietnamien. Or, je n'ai pas compris un traître mot de ce qu'ils disaient ! Et hier, en faisant la queue dans une épicerie du 13ème, itou ! Sur deux phrases, si j'ai compris trois mots, c'était déjà beaucoup ! J'étais pourtant persuadée que je "parlais" le vietnamien...
En attendant que la situation compliquée dans laquelle je me meus actuellement se décante un peu, je ne sais pas pourquoi, je me suis soudain vue vieillissant au Vietnam, comme un refuge un peu familier. Illusion sans doute. Mais, de fait, de mes voyages multiples effectués ici et là en Europe, ma seule incursion sur mon continent natal étant un pied posé sur la rive asiatique du Bosphore, je suis persuadée que le lieu m'importe peu. Je suis capable de m'installer des journées entières juste à regarder et écouter vivre les gens, sans hâte de me presser dans les lieux touristiques bondés, je reste convaincue que l'on "apprend" mieux un pays de la sorte qu'en parcourant des kilomètres en car à voir défiler des paysages ou en piétinant dans les musées, toutes choses qu'on peut parfaitement faire de chez soi à travers les livres ou autres moyens télévisuels. Il me revient d'ailleurs en souvenir mon séjour à Istanbul, où je suis restée sur place plus de quinze jours, à la grande surprise des passagers de l'avion qui s'étonnaient de ne pas m'avoir vue dans le "circuit" pendant tout ce temps-là, alors qu'ils avaient "fait" la Turquie en 5000 km... Ben non, je suis restée à Istanbul, à aller à la rencontre de la population, à passer des heures à parler avec ses habitants de toute sorte, de l'étudiant chevronné rêvant d'une expatriation aux USA, au jeune et riche marchand de tapis fon da men ta liste qui quittait régulièrement son magasin à l'heure de la prière, fort instruit mais remettant soudain tout en cause jusqu'à nier les résultats de la science "parce qu'il n'a rien vu de ses propres yeux" et qu'ils étaient contraires aux écritures ou impossibles à vérifier, ou encore ce marchand d'instruments de musique passionné par son art (il était lui-même fabricant de ud), et encore cet anatolien qui descendait de sa montagne dans ses vêtements traditionnels avec un barda incroyable sur le dos, des babioles insignifiantes à vendre dans la journée pour (sur)vivre, passant sans broncher devant une vitrine aseptisée où, derrière leurs bureaux high tech, des hommes en costume sombre pianotaient sur un clavier les yeux rivés sur leur écran d'ordinateur...
Oui, souvent, je m'imagine, ici ou ailleurs, peu m'importe, mais ce serait peut-être bien au Vietnam, pourquoi pas ?

samedi 23 juin 2012

l'odeur de la tomate verte

Bien que je fréquente de moins en moins les blogs, ou du moins, tout en lisant mes préférés, je les commente peu faute de temps ou à cause des sas de sécurité des uns et des autres malgré mes protestations du genre "I'm not a robot !", il m'arrive d'avoir des coups de coeur pour certains billets et d'en parler sur mes propres blogs. Aujourd'hui, ce sera pour un message de TM, Tambour Major, un blog que j'aime beaucoup pour la qualité de son écriture. Il y décrit cette délicieuse odeur de la tomate verte ICI, une odeur quasiment addictive contenue principalement dans les feuilles et les pédoncules de la plante. Une odeur d'enfance, presque, pour moi, malgré mes origines asiatiques qui devraient davantage m'interpeller sur "L'odeur de la papaye verte", devenue le titre d'un film de Tran ANh Hung que j'avais apprécié, en dehors de toute considération sur le thème de la servitude de la femme, en raison des sensations qu'il véhiculait à travers les images d'un pays lointain que je n'ai pas vraiment connu pour l'avoir quitté trop jeune, les histoires que je n'avais pas vécues mais que j'inteprétais à travers ce que me racontaient mes frères et soeurs plus âgés qui avaient eu le bonheur d'en avoir gardé des souvenirs, eux que je pouvais ainsi parfaitement imaginer enfants à travers ce petit garçon gâté qu'était le héros du film à son début. La scène du garçonnet en train de pisser sur le carrelage que la domestique venait de nettoyer m'a particulièrement marquée. Je pouvais tout à fait la calquer sur la méchanceté de beaucoup de bambins dont le pouvoir s'exerçait déjà ainsi mal et méchamment dans un pays où la pesanteur des différences de classes était encore très prégnante lors de notre départ. Ma soeur aînée, elle, prétendait que les nounous mettaient du poivre dans sa nourriture pour les faire réprimander, voire renvoyer quand l'une ou l'autre ne lui plaisait pas. Quant à moi, encore peu causante à l'époque compte tenu de mon très jeune âge (3 ans), j'avais un tel appétit pour les bananes que ma mère avait fini par douter que c'était moi seule qui en avalais tant en une journée, à voir diminuer le régime à vue d'oeil et malgré les explications de ma nounou sur ma voracité. Mais peut-être qu'elle m'en donnait une bouchée et en mangeait trois, comme souvent le faisaient les servantes dans les maisons où elles n'étaient pas bien traitées et ne mangeaient pas suffisamment à leur faim. Je confirme, j'aime toujours les bananes, mais pas trop mûres ! La banane verte a aussi, pour moi, une odeur... d'enfance !
La première partie du film susévoqué, tout en nuance, m'avait bien plu, la fin, plus théâtrale et surjouée, presque ridicule, beaucoup moins. Et je n'y ai guère cru à cette histoire d'amour sans entraves d'un fils de famille, même ruiné, avec une servante, si jolie fût-elle. Je raconterai peut-être un jour celle de ma mère avec un des frères de l'empereur... Mais bon, si cela avait marché, je ne serais pas là pour blablater avec vous puisque ma maman n'aurait pas rencontré mon artiste de papa !
Après l'avoir vu, il m'est arrivé de me jeter sur des papayes vertes au marché asiatique, mais, j'en trouve l'odeur fort insipide. Peut-être n'a-t-elle pas la même odeur lorsqu'elle n'a pas voyagé ? Je ne le saurais jamais, enfin, pas pour l'instant ! En revanche, celle de la tomate verte, paradoxalement, hésitant entre évanescence et tenacité (en fait, elle est fugace mais on se la rappelle facilement lorsqu'on la sent), celle dont on s'enivre volontiers en froissant ses feuilles ou pédoncules chaque fois qu'on passe à côté, celle qu'on a peur d'oublier, qu'on croit avoir oubliée pour courir aussitôt très vite au jardin la sentir à nouveau et, au passage, mordre dans un beau fruit encore un peu tiède de soleil, si savoureux de la sorte, cette odeur-là, je l'adore ! Si vous voyez un jour au supermarché une nana en train de froisser pendant de longues minutes les pédoncules de tomates en grappe pour les sentir encore et encore, ou s'en imprégner les mains, ne vous étonnez pas, hein ?!  

Si ce n'était pas si compliqué de faire pousser des tomates lorsqu'on n'habite pas sur place, j'en aurais mis plein dans mon jardin. J'avais fait un essai au début de l'achat de mes maisons bretonnes, me souvenant de ces terrains vagues où j'allais parfois chercher des fossiles (fougère) de schiste. J'y rencontrais souvent des pieds de tomates qui semblaient y poussaient tous seuls et facilement, avec plein de fruits dessus de toutes les couleurs, passant du vert foncé, au vert clair, au jaune, enfin à ce rouge si attractif pour une tomate ! En réalité, c'est un fruit-légume que je ne suis pas sûre d'aimer. En tout cas, enfant, je n'en aimais pas la peau. Si maintenant j'en mange volontiers cuite sans la peau, à toutes les sauces, crue je ne l'aime que... lorsque j'en grappille dans un jardin ! La production intensive et le peu de goût qu'elles ont désormais y est certainement pour quelque chose... Ça peut être tellement délicieux, pourtant ! Or, les plants ont besoin d'être ébourgeonnés et tuteurés pour produire correctement. La mamie qui habitait à côté de chez moi en Bretagne s'était un peu moquée de moi à ma première tentative en me disant "Et comment elles vont pousser quand tu ne seras pas là ?". Rudes, les paysans du coin ? Dans le discours, peut-être. A mon retour, j'avais découvert des plants généreusement arrosés et soignés, bien attachés à leurs tuteurs. Bonne fée Yvonne avait veillé sur leur croissance, ce qui m'avait permis d'avoir une jolie petite récolte sur trois pieds seulement, au milieu de mes soucis ! Je les ai cueillies... vertes, car j'adore la confiture de tomates vertes. La première fois que j'en avais mangé, c'était chez ma soeur D., une confiture de tomates-cerises vertes, c'était délicieux, avec un goût qui rappelle un peu la groseille à maquereaux. Depuis, dès que j'en ai l'occasion (à vrai dire peu souvent puisqu'il me faut des tomates, non seulement de jardin, mais encore non traitées, ce qui restreint effectivement les perspectives !), j'en fais.
Ma recette de confiture de tomate verte est très simple : il suffit de laver les tomates, de les essuyer, puis de les couper en morceaux et de les faire macérer dans du sucre. J'utilise 800 g de sucre pour 1 kilo de fruit, et j'ajoute le jus d'un citron par kilo de fruit. Au bout d'une nuit ou journée de macération, je fais ma confiture de la même façon que n'importe quelle autre confiture courante (cliquer ICI si la confection de cette préparation qui fait le délice des gourmands vous intéresse, j'y ai écrit des généralités dans un billet spécial destiné à un magazine). Elle cuit en une trentaine de minutes, l'odeur en est agréable et le goût... Mmmmm...
Et je n'oublie pas que les "Beignets de tomate verte", sont aussi délicieux, comme le film au titre éponyme, de Jon Avnet, dont la conseillère, Cynthia Hizer Jubera a donné elle-même la recette suivante : "Une belle tomate verte par personne, sel, poivre, farine de maïs, saindoux - Découper les tomates en rondelles épaisses, les assaisonner avec poivre et sel et les fariner. Les faire frire ensuite de chaque côté dans la graisse bien chaude, et... mourir de plaisir !"

jeudi 8 décembre 2011

souvenir du jour (neige)

Ce plaqueminer(*) m'émerveille chaque
année en cette saison...

cliquer ICI, pour le plaisir des yeux !
Je me demande si je ne préfère pas la neige au temps de ch... qu'on a en ce moment ! Le matin, j'ai du mal à me lever, il fait sombre et humide, on a la même lumière, ou plutôt la même absence de lumière toute la journée, brrr... Pas joli, ni encourageant, pour mettre le nez dehors. Or, il y a de jolies photos à faire : hier, en passant en taxi le long des quais, j'ai été surprise par le contraste entre le ciel très sombre, presque noir, et les mouettes en mouvement au-dessus de la Seine. Certaines volaient assez bas au-dessus de l'eau, leurs plumages blancs et gris se fondaient tout en se détachant superbement sur ces fonds ténébreux, de même que la silhouette des arbres tout dépouillés laissant apparaître leurs branches et troncs clairs et blancs pour quelques-uns... Les façades monochromes des monuments prenaient de même beaucoup de relief avec cette lumière saturée qui enveloppait toute la ville. Malheureusement, je n'avais pas d'appareil sur moi..., cela aurait bien valu bien une balade clic-clac ! Voilà, ça m'apprendra à être défaitiste ! En fait, je n'ai pas le réflexe photo sur mon téléphone portable, qui donne des résultats pourtant assez satisfaisants... Mais quelquefois, j'aime bien oublier l'appareil, juste pour prendre le temps de contempler, sans intermédiaire, j'ai remarqué que cela tronquait parfois les impressions, de faire une fixation sur les photos...
Ce même plaqueminier, sous la neige,
l'année dernière, à la même date,
à la même heure...
L'année dernière, au même moment, je m'en donnais à coeur joie, de prendre Paris sous la neige, une bonne journée de récréation dans laquelle j'avais même pu entraîner Oli, sans  qu'il ne résistât trop longtemps ! On en garde encore un souvenir vivant, de cette pagaille en plein centre ville, et c'est là qu'on se dit qu'on a bien de la chance de pouvoir se passer de voiture dans la capitale. Espérons que notre service public des transports ne va pas se détériorer comme la poste, où certains jours les scènes sont assez ubuesques... Hier, je me suis arraché les cheveux devant une machine pour envoyer une LRAR, tout ça devant les yeux de merlan frit d'un employé qui se tournait les pouces en attendant que j'aie fini, pour enfin me la prendre des mains et faire son boulot d'envoyeur, c'est-à-dire le mettre dans le panier correspondant !!!
(*) Le plaqueminier donne des fruits comestibles, appelés kakis. En ce moment, j'en fait une bonne cure,  nature, c'est bon pour le régime, et si d'aucuns trouvent son goût assez fade, sa saveur très subtile me plaît. Parfois, je le découpe en tranches et l'assaisonne de... sel et poivre ou de piment d'Espelette ! Ceux que je préfère sont les Persimon, en provenance d'Espagne, une variété désormais facile à manger, il n'y a plus besoin d'attendre qu'ils soient très mûrs, voire blettes ou déliquescents, ils ne sont plus âcres du tout. Auparavant, seule la variété Sharon (en provenance d'Israël) permettait de les manger crus encore fermes, sans attendre le blettissement.

mercredi 12 octobre 2011

le rouge et le noir, ou je me souviens d'une grande dame de la chanson


Corse - Coucher de soleil sur la baie de Saint-Florent

On ne sait pas pourquoi, certains jours, de fil en aiguille, les souvenirs remontent à la surface, d'abord avec imprécision, en un magma sans consistance, puis se forment comme des goutelettes fines, qui, en s'élargissant, se dessinent en belles arabesques, telle cette substance grasse qui prend naissance au milieu d'une flaque pour évoluer en un prisme merveilleux aux couleurs d'un arc-en-ciel qui surgit soudain comme le monolithe de l'Odyssée de l'espace (film de Stanley Kubrick), impressionnant, imposant, on ne voit plus que lui, comme une évidence incontournable. C'est alors une chute vertigineuse vers... le passé ? Je dirais plutôt un espace non-temps dans lequel l'esprit aime vagabonder, s'évader, en un circuit non pas linéaire mais circulaire dont, avec ou sans fil d'Ariane, on sait qu'on retrouvera la sortie, juste rappelé à l'ordre du jour par les impératifs de la vie dont on se passerait bien, surtout lorsqu'ils sont aussi bruyants qu'une sonnerie de téléphone, objet devenu certes indispensable dans la vie professionnelle de chacun, mais tant haï par moi que j'en suis très peu utilisatrice, même à usage privé, ne le tolérant que pour les urgences. En fait, je l'admets, je suis peu diserte au fil, je me contente d'écouter les autres s'épancher sur leurs malheurs (c'est vrai que je reçois peu de coups de fil joyeux, après quelques banalités d'usage, on en vient souvent "au fait" (?), comme si mon interlocuteur se rappelle soudain ma profession ou une proposition généreuse que j'ai dû faire un peu intempestivement, à un moment où j'étais, certes, disponible, ce qui n'est pas toujours le cas trois mois après, ou comme si on a juste besoin d'une oreille au bout du fil, peu importe laquelle, un numéro au hasard... J'écoute mieux mes proches que je ne sais leur parler de moi, j'y verrais comme une sorte de vanité, non pas que je n'ai point d'affection pour ceux qui m'écouteraient, mais seulement la certitude que rien n'y changerait...
En "parlant" avec Dany (du beau blog Venetiamicio) à propos d'une sympathique vidéo aux images époustouflantes, j'en étais arrivée à évoquer la Corse, son beau ciel en cette saison où j'aime bien aller les contempler, pour ses somptueux couchers de soleil sur la baie de Saint-Florent... Le rouge et le noir... Deux couleurs qui vont si bien ensemble que, tant dans la littérature que dans la peinture, on les associe sans modération. Et dans la chanson. Qui, l'ayant entendue, une fois, ne se souvient-il pas de ces fameux vers de la chanson de Jacques Brel, "Ne me quitte pas" :
"Et quand vient le soir
Pour qu'un ciel flamboie
Le rouge et le noir
Ne s'épousent-ils pas"
Lorsque j'entends cette chanson, évidemment, c'est Brel que je vois la chanter, avec sa gestuelle unique, la mobilité de son visage si expressif collant parfaitement aux mots, qui en faisaient un personnage fascinant sur scène, à l'inverse de Brassens dont j'adore les chansons mais que je trouvais très ennuyeux en spectacle. Mais, surtout, je me retrouve projetée je ne sais combien d'années en arrière, lorsque je venais de découvrir Les Trois Mailletz (*) où se produisaient parfois quelques artistes incontournables de l'époque. Un soir, Oli et moi, tout fraichement amoureux, y étions arrivés pour prendre un pot comme quelques jours auparavant. Or, entre-temps, je venais de me faire voler à l'arraché, un sport très en vogue à l'époque, si bien que, traumatisée, je ne portais plus de sac à main, je sortais légère, tout dans les poches... quand j'en avais, ou dans le soutif... quand j'en portais ! Ce soir-là, un beau soir d'été chaud mais avec de l'air, j'étais habillée en fille, pas en jupe-culotte, mais en vraie jupe virevoltante sous la brise douce de la fin du jour, je n'avais pas de poche, j'avais filé un bifton à garder à Oli qui lui était moulé taille mannequin (à l'époque !!!) dans un pantalon d'été tout blanc, avec juste un pull jeté par dessus les épaules, sur une chemisette bleu foncé à manches courtes. Je nous revois comme si c'était hier !
Au moment de partir et de payer, cata, Oli fouille, retourne désespérément ses poches, rien ! Apparemment, il n'y avait pas que les vols à l'arraché qui se pratiquaient dans les rues ou dans le métro ! Mon air consterné fit rire le patron, qui m'avait un peu repérée semble-t-il, la première fois que j'étais venue, il me dit, non pas de payer un autre jour, mais que ce n'était pas grave et qu'il fallait rester ce soir-là et descendre car il y avait Nina Simone qui se produisait. Woah, je l'aime cette grande dame de la chanson, on n'allait pas la rater, surtout à l'improviste comme ça, quelle aubaine !
On descend, tout heureux d'être si bien traités (sans être VIP !), une fille nous demande ce qu'on veut boire, on répond "rien" (!), qu'on voulait juste voir Nina Simone. Elle nous demande nos billets... Ben, on n'en a pas... Alors c'est TANT... Glups ! Ben, on ne peut pas payer, on n'a pas d'argent ! Elle nous toise de traviole, commence à s'énerver, ce qui attire l'attention des garçons derrière le comptoir... Tous nous regardent alors comme si on était des resquilleurs nés, la première honte de ma vie d'adulte !!! Heureusement que, à ce moment-là, le patron (vraiment adorable) était descendu, et, nous voyant encore plantés là comme des criminels en cours d'arrestation, interrogent du regard les employés qui, tout contents, clamèrent très haut "Ils n'ont pas d'argent !"... Re-honte, moi, petite-fille de mandarin, de grand seigneur ayant régné sur tout un village, si mon grand-père me voyait - remarquez qu'avec moi, il doit se retourner dans le tombeau des ancêtres plus d'une fois, et, de toutes façons, déshérité, mon père l'avait été bien avant moi, hi, hi !!! "Enfin, les gars, ça ne va pas, non ? Soyez sympa., prenez leurs vestiaires !" Euh... Olivier leur tend fièrement son pull, non pas miteux mais c'était tout comme, car à l'époque où je l'ai rencontré, il était plutôt du genre à garder même les chaussettes trouées. Inutile de vous dire qu'entre une qui jette tout et un qui collectionne tout, la vie commune ne fut pas facile, et elle ne l'est toujours pas, d'ailleurs  ! "Venez, nous dit ensuite le patron, la salle est déjà pleine, mais ici vous serez bien", nous chuchota-t-il en nous plaçant, debout, certes, mais, parmi d'autres personnes, dans un angle super pour la vue sur la scène !
Evidemment, chantée par Nina Simone, "Ne me quitte pas" prend d'autres allures. En définitive, je préfère quand même l'interprétation de Brel, le volcan éteint qui se réveille, je ne sais pas pourquoi, je pense que cela est plus... masculin ! Bref, n'étant pas féministe pour un sou, je m'ose cette distinction, que celles qui le sont me pardonneront, je l'espère ! Pour une femme, j'imaginerais plutôt une source tarie qui ressurgit...
(*) Situé 56 rue Galande, Les Trois Mailletz est un piano-bar, restaurant au rez-de-chaussée, et cabaret au sous-sol, avec ou sans dîner, une des plus vielles enseignes de Paris.
La terrasse est également agréable surtout en été pour prendre un verre ou dîner.

De 11h00 à 19h00 tous les jours au 01 43 25 96 86
Au piano-bar à partir de18h00 au 01 43 54 00 79
Au cabaret à partir de 20h30 au 01 43 54 42 94
Pour en savoir un peu plus, cliquer ICI 

Paroles de la chanson de Brel
- Ne me quitte pas
Il faut oublier
Tout peut s'oublier
Qui s'enfuit déjà
Oublier le temps
Des malentendus
Et le temps perdu
A savoir comment
Oublier ces heures
Qui tuaient parfois
A coups de pourquoi
Le cœur du bonheur
Ne me quitte pas (4 fois)
- Moi je t'offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays
Où il ne pleut pas
Je creuserai la terre
Jusqu'après ma mort
Pour couvrir ton corps
D'or et de lumière
Je ferai un domaine
Où l'amour sera roi
Où l'amour sera loi
Où tu seras reine
Ne me quitte pas (4 fois)
- Ne me quitte pas
Je t'inventerai
Des mots insensés
Que tu comprendras
Je te parlerai
De ces amants-là
Qui ont vu deux fois
Leurs cœurs s'embraser
Je te raconterai
L'histoire de ce roi
Mort de n'avoir pas
Pu te rencontrer
Ne me quitte pas (4 fois)
- On a vu souvent
Rejaillir le feu
D'un ancien volcan
Qu'on croyait trop vieux
Il est paraît-il
Des terres brûlées
Donnant plus de blé
Qu'un meilleur avril
Et quand vient le soir
Pour qu'un ciel flamboie
Le rouge et le noir
Ne s'épousent-ils pas
Ne me quitte pas (4 fois)
- Ne me quitte pas
Je ne vais plus pleurer
Je ne vais plus parler
Je me cacherai là
A te regarder
Danser et sourire
Et à t'écouter
Chanter et puis rire
Laisse-moi devenir
L'ombre de ton ombre
L'ombre de ta main
L'ombre de ton chien
Ne me quitte pas (4 fois)

- Ne me quitte pas
Il faut oublier
Tout peut s'oublier
Qui s'enfuit déjà
Oublier le temps
Des malentendus
Et le temps perdu
A savoir comment
Oublier ces heures
Qui tuaient parfois
A coups de pourquoi
Le cœur du bonheur
Ne me quitte pas (4fois)
- Moi je t'offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays
Où il ne pleut pas
Je creuserai la terre
Jusqu'après ma mort
Pour couvrir ton corps
D'or et de lumière
Je ferai un domaine
Où l'amour sera roi
Où l'amour sera loi
Où tu seras reine
Ne me quitte pas (4 fois)
- Ne me quitte pas
Je t'inventerai
Des mots insensés
Que tu comprendras
Je te parlerai
De ces amants-là
Qui ont vu deux fois
Leurs cœurs s'embraser
Je te raconterai
L'histoire de ce roi
Mort de n'avoir pas
Pu te rencontrer
Ne me quitte pas (4fois)
On a vu souvent
Rejaillir le feu
D'un ancien volcan
Qu'on croyait trop vieux
Il est paraît-il
Des terres brûlées
Donnant plus de blé
Qu'un meilleur avril
Et quand vient le soir
Pour qu'un ciel flamboie
Le rouge et le noir
Ne s'épousent-ils pas
Ne me quitte pas (4fois)
- Ne me quitte pas
Je ne vais plus pleurer
Je ne vais plus parler
Je me cacherai là
A te regarder
Danser et sourire
Et à t'écouter
Chanter et puis rire
Laisse-moi devenir
L'ombre de ton ombre
L'ombre de ta main
L'ombre de ton chien
Ne me quitte pas (4fois)
Un bon dessert en rouge et noir, des pruneaux cuits et framboises, dans un sirop léger parfumé au cognac ! C'est visuellement très beau, et l'on s'extasie comme devant un beau coucher de soleil ! 


*******   

lundi 12 septembre 2011

le temps des noisettes, ou l'arbre aux souvenirs

A chaque saison des noisettes, je repense à ce poème libre écrit il y a bien longtemps, j'avais alors à peine 20 ans. Problème : à part les maladresses de style dans ce genre à part entière, ou plutôt entièrement à part, j'ai l'impression, au fond, que je n'ai pas changé !!! Que faut-il faire pour que je devienne adulte, enfin... Bon, ce n'est pas le chat qui va m'aider !!!

Le temps des noisettes
est à jamais mort
Et bientôt très rapidement
l'image d'une petite fille
au regard pur que tu as cru aimer
s'estompera tout aussi sûrement
dans les brumes d'un hiver
dont je ne verrai pas
au fond de moi-même la fin

Tous les soleils qui ont brûlé
hier et jusqu'à présent
n'ont laissé de trace
ni dans mon âme tourmentée
ni sur mon corps languissant
J'ai tout laissé
dans l'oubli des jours bleuissant
et demain ceux qui m'ont adorée
ou sans doute même haïe
m'oublieront également

Pourtant un jour
au soir de mon âge
je revivrai peut-être
pour ces rêves enfouis
dans les sentiers broussailleux
des chimères de mon enfance
pour ces rêves purs de beauté
et de solitude choisie
un dimanche où j'ai existé
où tout mon être
a vibré à ta musique
à ta charmante sérénité

Dans le présent du temps
j'avais pu me mouler sans effort
aux vibrations de tes sons
que j'avais senti fondre en moi
comme une source de réconfort
s'écoulant de ta douce chaleur
ces soirs de grand vent retors
où dans le silence et la paix
je t'avais rencontré

Depuis quand
nous sommes-nous séparés
Je me suis égarée
dans l'obscurité du soir
qui m'a tant effrayée
affolée je n'ai pas osé
revenir sur mes pas hésitants
fonçant toute recroquevillée
vers de nouveaux espoirs

Te souviens-tu de ce jour
où nous nous sommes retrouvés
La douceur de l'été
la nuit calme et protectrice
la Seine belle et ténébreuse
Paris qui nous souriait
les gens qui saluaient
nos rires et notre joyeuseté
tout laissait accroire
que l'attente et l'espoir
n'avaient pas été vains
nous faisions confiance
au temps et à ses lendemains

Mais peu à peu
au cours de nos brèves rencontres
- qui n'en furent pas d'ailleurs –
où nos regards un peu perdus
s'égaraient dans le jour brumeux
j'ai senti comme toi-même
que le fil musical s'était rompu

Aujourd'hui je vais je viens
sans trop savoir ce que je cherche
mais peut-être que demain
je cueillerai à nouveau
de jolies fleurs de pluie
pour les accrocher
à l'arbre aux souvenirs.

à B., mon ami de toujours


Dure, dure, la vie d'artiste, quand on vit avec un chat !