... elle qui en a eu bien peu. Pour l'avoir perdue trop tôt, je n'en ai pas moins gardé le souvenir de ses gestes dans le quotidien, entièrement voués au bien-être de sa famille. J'aime me souvenir d'elle dans ces gestes-là, qui m'ont tant appris, sans mots inutiles, ces mêmes gestes que, parfois, je perpétue pour le bonheur de ceux qui m'entourent. Tout simplement.
Bienvenue chez moi, à vous, explorateurs du net.
Ici tout est souvent improvisé, un peu sens dessus dessous, un peu comme dans mon esprit, ma maison, ma vie, ma devise étant "pas de regrets de ce qui n'a pas été, heureux de ce qui est, et toujours curieux de ce qui sera", et ma seule constante étant le plaisir des mots jusque dans les maux.
COPYRIGHT : Attention, certains des textes et images de ce blog sont publiés dans des magazines. De même que tous ceux publiés ici, ils sont ma création personnelle, donc protégés par le droit d'auteur. Toute utilisation partielle ou intégrale est interdite sans mon autorisation, la demander à cette adresse électronique : colibri.blogs@orange.fr
Ce blog a été ouvert au public le 1er mai 2011 -

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lundi 7 mai 2012

soleil !

Ouf, ça réchauffe les coeurs et ça fait du bien de sourire un peu, en attendant demain. Qui vivra verra comme disait mon Papa (non, non, Papa, ne me frappe pas, tu sais bien qu'on n'a jamais été d'accord sur beaucoup de sujets !)

jeudi 15 mars 2012

mémoire d'histoire, de littérature, de cinéma, de famille...

Pierre Schoendoerffer... J'aimais bien ce cinéaste hors sentiers battus, écrivain à ses premières heures, "grand amateur d'Herman Melville, Joseph Conrad ou Jack London, et passionné par la mer et obsédé par un désir tenace, celui de raconter des histoires. Ainsi, hors le goût de l'aventure, son autre passion sera le cinéma..." (pour lire l'article paru hier dans Le Monde sur Pierre Schoendoerffer, cliquer sur le nom).
"La 317ème section" est le premier film de guerre que j'ai vu, pas vraiment un film où on voit la guerre se dérouler, mais plutôt se vivre de l'intérieur de ceux qui la font vainement... Il m'avait marquée même si à l'époque, bien trop jeune, je n'avais pas encore les éléments pour en comprendre l'exacte teneur. Depuis, pourtant,  j'ai une vraie attirance pour les films intimistes sur la guerre. En réalité, je crois que "la 317ème section" m'avait surtout marquée parce que mon père "l'écoutait" (il était devenu aveugle) à la télévision pendant que ma mère essayait d'y entrevoir des paysages de quarante ans de sa vie. Entre deux jeux d'enfants, je venais m'asseoir sur ses genoux et regardais quelques images en m'écriant "Ca se passe dans ton pays, Papa, ça rappelle les histoires que tu racontes à M. Léopold !" (*). C'était leur pays, c'était, c'est mon pays, celui que je ne connais toujours pas encore...
A la mémoire de mes parents
(*) "M. Léopold" comme on l'appelait (j'ignore si c'était son nom ou son prénom, mais connaissant mon père, il ne l'aurait jamais appelé par son prénom), était un de ses subordonnés au Vietnam. Il venait souvent à la maison quand j'étais enfant, parler du pays, des moments vécus ensemble. Parfois, quelques bribes de conversation parvenaient à mes oreilles. Comme tant d'autres bribes avec lesquelles j'essaie de reconstituer la vie de mes parents avant la France...
Pour mémoire aussi, j'adore Melville, London, Conrad, ils figurent tous en bonne place dans ma bibliothèque. 

dimanche 22 janvier 2012

j'aime la nuit en ville

J'aime la nuit en ville, belle, profonde,
quand elle valse au gré des phares,
quand les solitudes se répondent
derrière chaque fenêtre éclairée,
s'étirent sur le quai du métro déserté
ou se meurent dans ses néons blafards,


 
  
   
J'aime la nuit en ville, quand les gens se croisent
sans se voir ni se regarder,
chacun dans ses pensées,
se regardent sans se rencontrer,
chacun dans ses rêves secrets,
se parlent sans s'écouter,
chacun dans son monde enfermé.

 
(photos ci-dessus : biblio et resto du centre Pompidou)

J'aime la nuit en ville, reine en robe turquoise,
quand elle scintille au milieu des gens sans fard,
quand les gens s'y côtoient sans le vouloir,
se quittent dans le brouhaha des gares,
sans savoir si c'est seulement un au-revoir,
se hâtent vers leur foyer sans hasard,
ou errent, loin des fastes de la cité, hagards…

 
(à gauche, Saint--Germain Odéon, à droite, Arts et Métiers - impasse donnant sur la rue de Palestro)

Oui, j'aime la nuit en ville, quand mon âme vagabonde s'imagine des milliers de vies qui n'existent pas, quand les gens dorment tranquilles pendant que je les crois en éveil grâce à ces rêves d'impossibles ailleurs, de nouvel ici, de probable nulle part, quand, au détour d'une librairie, je pourrais me croire transportée ailleurs alors que je suis là, dans le silence de la nuit qui ne m'appelle pas...
(Very far away, un titre plein de promesses)

 

J'aime la nuit en ville, parce que je n'aime pas le noir, celui des romans sans espoir, quand je peux croire que, dans les lumières des lampadaires, les monstres se sont évanouis dans la douceur du soir ou se sont volatilisés dans le souffle du dernier métro.

J'aime la nuit en ville, quand la vie ne ressemble plus à une tragédie grecque ni même à une comédie italienne, quand le jeu dans les théâtres et le rire sur les scène effacent la petitesse de ceux qui empoisonnent les nuits de nos jours...

 
(la toute petite couverture en bleu, à droite du "rire (le)", c'est "Sarko et Co", un livre de Guy Bedos)
J'aime la nuit en ville parce que je n'aime pas le noir, celui qui me fait peur comme cet abîme sans fond, celui où je sombrerais s'il n'y avait cette étincelle qui éclaire les jours de mes nuits, celui qui m'ôterait cette fascination que j'ai pour la vie et ses faces plus cachées que celles de la lune, à l'infini…

J'aime la nuit en ville, quand elle allume ses feux sans artifice au gré de mes désirs, quand "l'imagination est plus importante que le savoir" (*), quand on attend dans la rue du Jour le soir salvateur, pour que la vie continue sa ronde comme un manège déréglé tournant fou, quand nos rêves débordent des écrans jamais assez grands pour les contenir sans flou…

 


J'aime la nuit en ville, belle et profonde, comme la Seine qui coulait profonde et belle du temps de mes amours tumultueuses, dont les souvenirs continuent de valser dans le soir de mes yeux attendris.


J'aime la nuit en ville, quand tous les masques tombent, quand on devient acteur de ses propres comédies et non empereur de pacotille le temps des flashes et des discours vains pompeux et vaniteux…


J'aime la nuit en ville, quand tout s'apaise, comme le chat qui dort.

J'aime la nuit quand elle tombe sur ma ville...
 
... et laisse ma vie en points de suspension !


(*) citation d'Einstein

dimanche 1 janvier 2012

voeux 2012

A vous tous qui passerez chez moi d'ici le 31 janvier prochain, je souhaite une très belle année 2012, pleine de douceur(s) à l'intérieur comme à l'extérieur de vous, de chez vous, avec tous ceux que vous aimez ! Gardez-vous en bonne santé pour que le moral suive dans la joie et l'espoir de jours encore meilleurs !

dimanche 25 décembre 2011

joyeux noël et premiers voeux de ce blog

Joyeux Noël à vous tous qui passerez par là aujourd'hui !
En ces temps de belles fêtes pour beaucoup,
pensons à ceux qui ne vivent que d'espérance infinie,
faisons tout ce que nous pouvons de nos atouts
pour que leur attente ne soit pas toujours vaine.
Dans la volonté de sauver nos âmes encore humaines
ne passons pas à côté de l'essentiel dans la vie des autres
veillons à ne pas laisser s'éteindre notre sens du partage,
pour que chacun puisse trouver une place comme la nôtre
celle où nous aimons vivre avec un ciel clair sans nuages...

Je dédie les premiers voeux de ce blog
à la mémoire de ma mère, si généreuse dans sa vie

lundi 12 décembre 2011

photos de soirs pour une soif d'eau, ici et ailleurs...

La lune était belle au-dessus de la Seine, samedi soir. J'ai pris quelques photos en allant à un rendez-vous bière-moules-frites. En traversant le pont Saint-Michel pour rejoindre la place du Châtelet, j'ai vu au loin l'hôtel de ville illuminé pour les fêtes. Quand j'habitais à côté, je ne faisais jamais attention à ce genre de détail... On prépare Noël beaucoup trop tôt, cela fait perdre de la magie à cette fête qui peut être somptueuse dans certaines traditions. Du vivant du père d'Oli, on passait parfois les fêtes dans le Jura, souvent la neige était au rendez-vous. La grande cheminée de l'ancienne ferme restaurée, après dépose pierre par pierre de la bâtisse louée aux paysans du temps des arrières grands-parents, puis remontage dans les règles de l'art par un artisan spécialisé dans la réhabilitation des bâtiments anciens, n'était pas de trop pour nous réchauffer après nos promenades dans cette région, appelée aussi "la petite Sibérie" où, parfois, en hiver, la température descend jusqu'à -40°... Finalement, je n'aime la moyenne montagne qu'en hiver, même si ne je suis pas une fan du ski de fond, ni même, d'ailleurs, du ski alpin, je n'ai plus chaussé de ski depuis bien longtemps. La mer, la mer, encore la mer, sans être une sportive aquatique non plus, je ne m'en lasse pas, de ses mouvements incessants... La campagne me semble par trop statique. Bien que le passage d'une saison à l'autre y soit fort spectaculaire, je m'y ennuie vite... Je crois que j'ai besoin de savoir l'eau à proximité de moi pour me sentir bien...
 
Quel que soit l'endroit, mes pas me mènent toujours au bord de l'eau, comme un besoin inconscient, un recroquevillement sur moi-même, l'espoir impossible de retourner dans l'eau de la vie dans le ventre de ma mère...
L'eau de la Seine, aujourd'hui, l'eau du Rhin, hier (ci-desssous, Strasbourg)

L'eau de la Manche, demain, celle qui vient lécher la maison de Maria les soirs de grande tempête, celle vers laquelle mon regard se tourne inlassablement, matin et soir...

  

jeudi 8 décembre 2011

souvenir du jour (neige)

Ce plaqueminer(*) m'émerveille chaque
année en cette saison...

cliquer ICI, pour le plaisir des yeux !
Je me demande si je ne préfère pas la neige au temps de ch... qu'on a en ce moment ! Le matin, j'ai du mal à me lever, il fait sombre et humide, on a la même lumière, ou plutôt la même absence de lumière toute la journée, brrr... Pas joli, ni encourageant, pour mettre le nez dehors. Or, il y a de jolies photos à faire : hier, en passant en taxi le long des quais, j'ai été surprise par le contraste entre le ciel très sombre, presque noir, et les mouettes en mouvement au-dessus de la Seine. Certaines volaient assez bas au-dessus de l'eau, leurs plumages blancs et gris se fondaient tout en se détachant superbement sur ces fonds ténébreux, de même que la silhouette des arbres tout dépouillés laissant apparaître leurs branches et troncs clairs et blancs pour quelques-uns... Les façades monochromes des monuments prenaient de même beaucoup de relief avec cette lumière saturée qui enveloppait toute la ville. Malheureusement, je n'avais pas d'appareil sur moi..., cela aurait bien valu bien une balade clic-clac ! Voilà, ça m'apprendra à être défaitiste ! En fait, je n'ai pas le réflexe photo sur mon téléphone portable, qui donne des résultats pourtant assez satisfaisants... Mais quelquefois, j'aime bien oublier l'appareil, juste pour prendre le temps de contempler, sans intermédiaire, j'ai remarqué que cela tronquait parfois les impressions, de faire une fixation sur les photos...
Ce même plaqueminier, sous la neige,
l'année dernière, à la même date,
à la même heure...
L'année dernière, au même moment, je m'en donnais à coeur joie, de prendre Paris sous la neige, une bonne journée de récréation dans laquelle j'avais même pu entraîner Oli, sans  qu'il ne résistât trop longtemps ! On en garde encore un souvenir vivant, de cette pagaille en plein centre ville, et c'est là qu'on se dit qu'on a bien de la chance de pouvoir se passer de voiture dans la capitale. Espérons que notre service public des transports ne va pas se détériorer comme la poste, où certains jours les scènes sont assez ubuesques... Hier, je me suis arraché les cheveux devant une machine pour envoyer une LRAR, tout ça devant les yeux de merlan frit d'un employé qui se tournait les pouces en attendant que j'aie fini, pour enfin me la prendre des mains et faire son boulot d'envoyeur, c'est-à-dire le mettre dans le panier correspondant !!!
(*) Le plaqueminier donne des fruits comestibles, appelés kakis. En ce moment, j'en fait une bonne cure,  nature, c'est bon pour le régime, et si d'aucuns trouvent son goût assez fade, sa saveur très subtile me plaît. Parfois, je le découpe en tranches et l'assaisonne de... sel et poivre ou de piment d'Espelette ! Ceux que je préfère sont les Persimon, en provenance d'Espagne, une variété désormais facile à manger, il n'y a plus besoin d'attendre qu'ils soient très mûrs, voire blettes ou déliquescents, ils ne sont plus âcres du tout. Auparavant, seule la variété Sharon (en provenance d'Israël) permettait de les manger crus encore fermes, sans attendre le blettissement.

mardi 29 novembre 2011

hasard de blog au fil de Venise (dédicace à Dany)



En passant chez Danielle (créatrice d'un superbe blog sur Venise),
(http://venetiamicio.blogspot.com/) aujourd'hui, il y avait une photo qu'elle a prise à partir de l'hôtel où elle séjourne régulièrement et actuellement. Les hasards de sa nouvelle chambre ont fait que nous avons presque la même photo de Venise ! Bon, d'accord, moi, je l'avais prise d'un vaporetto, la vue est un peu chancelante comme ces flots qui mouvementent le grand canal avec son trafic parfois survolté, par rapport à la sienne, privilégiée par un réveil contemplatif, luxe que seule la prise de temps permet, sur le bout de la calle del Rosa. Je me souviens maintenant qu'elle m'avait effectivement dit, en voyant la photo dont je suis l'auteur, sur le blog de Zeb (billet "pas un chat, mais des chats à Venise", publié en avril dernier 2010 (dans mon désordre quotidien, je perds la notion des jours, des semaines, voire des années !), que c'était la vue qu'elle voyait tous les matins de son squat vénitien habituel puisqu'elle a la magnifique opportunité d'y aller chaque année en diverses occasions !!! Chat alors ! Tiens, pour la peine, je publie les deux photos, en dédiant la mienne (qui n'est assurément pas une oeuvre d'artiste comme la sienne, hi, hi !) à son blog très agréable à parcourir, comme ces inlassables promenades dans la Sérénissime...

C'est vraiment la même vue, mais les couleurs ne sont pas les mêmes !!! Ma photo date d'avril 2010... Les arbres sont toujours là, les embarcations aussi, quasiment dans la même position, mais il faut croire qu'en avril elles sont plus frileuses qu'en novembre : celle à gauche avait un taud !
Je dédie évidemment à Dany ce billet, en lui souhaitant un excellent séjour dans cette cité si intemporelle que seules les nuances de couleurs rappellent qu'elle vit au rythme des secondes de notre temps... Un petit texte ? Cliquer ICI...

dimanche 27 novembre 2011

un peu de lecture, en attendant...

... que je mette de l'ordre dans tous mes blogs, les anciens et les tout neufs ! Le texte ci-dessous a déjà été publié sur un autre blog que certains d'entre vous connaissent, un de mes blogs actuellement en dormance (les travaux n'avancent pas vite, je dirais même qu'ils n'ont pas commencé, vu que je ne sais pas par quel bout les prendre, pas douée la fille !).
Il avait été conçu dans le cadre d'un jeu d'écritures (cinquième du genre) mis en scène par Lizly et Madame Kevin du "blog à mille mains" (ICI) . Ce jeu consistait à imaginer un récit à partir de cette illustration (cf. Cuisine(s) et dépendance(s), Libellés, v° écriture (jeu), billet du 23 novembre 2010, que je viens de restaurer pour les références aux différents blogs qui en ont été les organisateurs, et celui de JJP44 couleurs d'aencre un blog que j'aime beaucoup lire et sans lequel je n'aurais pas connu ce jeu. En passant, merci JJ !  

"La maison au milieu des arbres brûlés"
"Pourquoi celui-là, ce tableau-là, et pas un autre de toute la série qu’elle avait retrouvée dans ce grenier poussiéreux de la demeure familiale abandonnée depuis des lustres, dans ce coin du Jura où personne ne mettait plus les pieds. "Trop froid", "trop sec", "trop loin de la mer", les excuses ne manquaient pas dès lors que tous ses frères et sœurs avaient choisi le soleil… C’est curieux, cette attirance pour le soleil, le ciel bleu, la mer, la chaleur, dans cette famille, tous blonds au teint diaphane, n’ayant rien de méditerranéen, ni dans les veines, ni dans la culture. La maison avait été vidée de ses plus beaux meubles d’époque entassés depuis des siècles, des meubles "qui sentent la mort", comme elle disait, pour rire, lorsqu’on lui demandait : "Tu ne prends rien ?"… Non, les meubles ne l’intéressaient pas. Elle est plutôt tournée vers le minimalisme, en architecture encore plus qu'en tout autre domaine, elle n'aime que les lignes très épurées, presque primitives, ou modernes, selon le recul dans la culture qu’on a de cet art difficile. Ses préférences sont loin du goût "Second em-pire" comme elle se plaît à le dire en deux syllabes bien distinctes ! Mais cette vue de New York sous la neige, l'un de cette série de tableaux reproduisant la même scène à des instants différents, telle une quête obsessionnelle de son auteur, son grand-père d’ambassadeur, la fascinait. Il y en avait au moins dix, entassés au milieu d’autres toiles poussiéreuses à souhait. Au moment du partage successoral, elle les avait toutes longtemps passées en revue d’un œil vague, sans conviction, leur préférant de loin les livres anciens, avant de s’arrêter sur cette série-là, lorsque son cœur n’avait fait qu’un saut dans sa poitrine en découvrant, sous le film de poussière, tous ces tableaux d’une même vue, des tours sous un paysage d’hiver. Il était difficile de les distinguer les uns des autres pour un œil peu averti en art pictural… Exactement les mêmes détails, avec juste une lumière différente. Une touche imperceptible de blanc, de bleu ou de jaune, et la neige prenait une autre dimension, imprimant alors au tableau l’état d’esprit du peintre à la création de son œuvre. Ici, elle était sombre et reflétait une morne journée pour ce grand-père ténébreux et poète à ses heures, là, elle était scintillante sous le soleil d’hiver, présage d’un instant joyeux que l'esprit mutin de son aïeul savait aussi parfois, oubliant alors ses fonctions et ses devoirs, appeler de tous ses vœux pour laisser libre cours à ses fantaisies, peu de mise dans ce milieu si conventionnel où il évoluait, ce soleil qui réchauffe les cœurs endoloris par des souvenirs trop cruels, comme aujourd’hui où elle regarde ce tableau-là, unique contrepoint sur le mur blanc de l'immense couloir d’entrée de son loft où un rayon oblique, arrivant du puits de lumière à l’instant même où elle passait le pas de la porte, avait sublimé la toile. Instant magique qui a donné au tableau enfin tout son sens, ce coup de foudre qu’elle avait eu pour cette série-là et pas une autre. New York, une ville qu’elle ne connaît toujours pas… Et pourtant… Est-ce cette lumière froide et sèche caressant timidement la toile, aujourd’hui, après une semaine de pluie grise et sale sur la capitale française, qui a restitué à cette vue une signification particulière, en cette saison où son âme mélancolique se complaît toujours à quelques souvenirs douloureux en se laissant même aller à pratiquer l’uchronie comme une science ? D'un geste machinal, elle expédie ses chaussures dans un coin de la pièce et, pieds nus, sans même prendre la peine de se chausser pour l'intérieur, elle s’arrête longtemps devant l'oeuvre, à la regarder, presque jusqu’à sa dématérialisation, comme si la scène n’était pas sur la toile, mais derrière celle-ci… C’est soudain une voix qui en sort : "What do you think I’m doing here ?"… Cette voix, si triste et résignée quand il disait cela..., comme si l’absence, la séparation, la modulait désespérément et inlassablement sur le même ton…, cette voix que sept heures de décalage horaire éloignaient d’elle dont le corps aurait franchi l’espace et le temps, sans conditions, ne serait-ce que pour sentir le souffle chaud d’où elle sortait, s'il le lui avait expressément demandé, lui qui se réfugiait derrière l'inutilité des mots quand les gestes suffisaient… Toutes ces journées à attendre que le téléphone sonnât, où elle errait dans son appartement comme un fauve en cage, dans l’incapacité totale de fixer sa contention sur un travail quelconque, à regarder l’horloge dont les minutes s’égrenaient narquoisement à une allure interminable… Toutes ces journées, si lointaines déjà qu’il fallait presque, dans les contingences habituelles, faire un effort pour se les remémorer dans tous leurs détails, où elle observait, de sa fenêtre, la rue sans la voir, où la fin de l’après-midi la surprenait encore le nez collé au carreau, à essayer de fixer ses idées, quand, dehors, les chiens libres allaient et venaient, se querellaient bruyamment, les enfants rentrant de l’école tapaient dans n’importe quoi sur leur passage pour se défouler, avec des cris qu’elle entendaient à peine, la rue grouillait de gens, les voitures klaxonnaient d’impatience derrière des camions en train de décharger, dehors où la vie battait son plein, alors que, à l’intérieur d’elle, tout était silence et attente… Toutes ces journées lointaines où le flux incessant de la circulation automobile, le hurlement des sirènes de pompiers complétaient la multitude des sons quotidiens de cette artère parisienne plutôt animée et bruyante, tandis que son esprit se frayait un chemin dans la confusion de ses pensées et traversait les mers jusqu'à lui... Toutes ces journées où son cœur bondissait là-bas, dans cette cité qu’elle ne connaissait pas et qu'elle rêvait de visiter et de photographier à l’envie, pour son graphisme si photogénique, imaginant sa grande silhouette derrière son bureau aux parois de verre, en train de plancher sur un projet d’envergure qui irait encore restreindre l'espace de ce paysage peint par son ancêtre...
Alors qu’elle esquisse un léger mouvement des pieds pour chasser de ses jambes ankylosées les fourmis, un avion passe le mur du son et la sort de sa rêverie. Elle se rappelle alors seulement ces instants où, dans la solitude de la nuit, son cœur pleurait en pensant à ces vols qui n’étaient pas encore arrivés à destination, à cette maison au milieu des arbres brûlés où ils avaient passé une semaine si particulière, quelque part dans le midi de la France, là où est resté à jamais, enfoui comme un secret s’il en était un, cet amour perdu dont elle n’arrive à parler à personne..."
En tout cas, j'en avais parlé à moi-même !!! Ce texte a été adapté pour coller au jeu, mais il existe, en partie, depuis... 1995 ! Il me souvient des grèves de cette année-là, le courrier n'arrivait plus régulièrement pour me permettre de travailler correctement à la maison, je n'avais pas envie de galérer pour aller au bureau, je m'étais un peu mise en indisponibilité, et, pour m'occuper, j'avais commencé une petite nouvelle qui devait faire une centaine de pages avec très peu de personnages. Ben, de fil en aiguille, je me suis attachée aux personnages secondaires, je les ai fait vivre, tellement bien qu'ils m'ont envahie !!! Trois mois après le début de l'écriture, j'en étais à... 450 pages, et  seulement aux deux tiers de la fin du roman (toujours au fond d'un tiroir, mais je ne m'appelle pas PPDA, c'est mieux qu'il y reste !!!). J'avais trouvé l'exercice simplement amusant, et plus amusante encore l'histoire de cette écriture, qui m'a habitée à tel point que mon homme en était même devenu jaloux !!!

 
Cartes postales du jour : Jura - Strasbourg - Automne 2011

mercredi 12 octobre 2011

le rouge et le noir, ou je me souviens d'une grande dame de la chanson


Corse - Coucher de soleil sur la baie de Saint-Florent

On ne sait pas pourquoi, certains jours, de fil en aiguille, les souvenirs remontent à la surface, d'abord avec imprécision, en un magma sans consistance, puis se forment comme des goutelettes fines, qui, en s'élargissant, se dessinent en belles arabesques, telle cette substance grasse qui prend naissance au milieu d'une flaque pour évoluer en un prisme merveilleux aux couleurs d'un arc-en-ciel qui surgit soudain comme le monolithe de l'Odyssée de l'espace (film de Stanley Kubrick), impressionnant, imposant, on ne voit plus que lui, comme une évidence incontournable. C'est alors une chute vertigineuse vers... le passé ? Je dirais plutôt un espace non-temps dans lequel l'esprit aime vagabonder, s'évader, en un circuit non pas linéaire mais circulaire dont, avec ou sans fil d'Ariane, on sait qu'on retrouvera la sortie, juste rappelé à l'ordre du jour par les impératifs de la vie dont on se passerait bien, surtout lorsqu'ils sont aussi bruyants qu'une sonnerie de téléphone, objet devenu certes indispensable dans la vie professionnelle de chacun, mais tant haï par moi que j'en suis très peu utilisatrice, même à usage privé, ne le tolérant que pour les urgences. En fait, je l'admets, je suis peu diserte au fil, je me contente d'écouter les autres s'épancher sur leurs malheurs (c'est vrai que je reçois peu de coups de fil joyeux, après quelques banalités d'usage, on en vient souvent "au fait" (?), comme si mon interlocuteur se rappelle soudain ma profession ou une proposition généreuse que j'ai dû faire un peu intempestivement, à un moment où j'étais, certes, disponible, ce qui n'est pas toujours le cas trois mois après, ou comme si on a juste besoin d'une oreille au bout du fil, peu importe laquelle, un numéro au hasard... J'écoute mieux mes proches que je ne sais leur parler de moi, j'y verrais comme une sorte de vanité, non pas que je n'ai point d'affection pour ceux qui m'écouteraient, mais seulement la certitude que rien n'y changerait...
En "parlant" avec Dany (du beau blog Venetiamicio) à propos d'une sympathique vidéo aux images époustouflantes, j'en étais arrivée à évoquer la Corse, son beau ciel en cette saison où j'aime bien aller les contempler, pour ses somptueux couchers de soleil sur la baie de Saint-Florent... Le rouge et le noir... Deux couleurs qui vont si bien ensemble que, tant dans la littérature que dans la peinture, on les associe sans modération. Et dans la chanson. Qui, l'ayant entendue, une fois, ne se souvient-il pas de ces fameux vers de la chanson de Jacques Brel, "Ne me quitte pas" :
"Et quand vient le soir
Pour qu'un ciel flamboie
Le rouge et le noir
Ne s'épousent-ils pas"
Lorsque j'entends cette chanson, évidemment, c'est Brel que je vois la chanter, avec sa gestuelle unique, la mobilité de son visage si expressif collant parfaitement aux mots, qui en faisaient un personnage fascinant sur scène, à l'inverse de Brassens dont j'adore les chansons mais que je trouvais très ennuyeux en spectacle. Mais, surtout, je me retrouve projetée je ne sais combien d'années en arrière, lorsque je venais de découvrir Les Trois Mailletz (*) où se produisaient parfois quelques artistes incontournables de l'époque. Un soir, Oli et moi, tout fraichement amoureux, y étions arrivés pour prendre un pot comme quelques jours auparavant. Or, entre-temps, je venais de me faire voler à l'arraché, un sport très en vogue à l'époque, si bien que, traumatisée, je ne portais plus de sac à main, je sortais légère, tout dans les poches... quand j'en avais, ou dans le soutif... quand j'en portais ! Ce soir-là, un beau soir d'été chaud mais avec de l'air, j'étais habillée en fille, pas en jupe-culotte, mais en vraie jupe virevoltante sous la brise douce de la fin du jour, je n'avais pas de poche, j'avais filé un bifton à garder à Oli qui lui était moulé taille mannequin (à l'époque !!!) dans un pantalon d'été tout blanc, avec juste un pull jeté par dessus les épaules, sur une chemisette bleu foncé à manches courtes. Je nous revois comme si c'était hier !
Au moment de partir et de payer, cata, Oli fouille, retourne désespérément ses poches, rien ! Apparemment, il n'y avait pas que les vols à l'arraché qui se pratiquaient dans les rues ou dans le métro ! Mon air consterné fit rire le patron, qui m'avait un peu repérée semble-t-il, la première fois que j'étais venue, il me dit, non pas de payer un autre jour, mais que ce n'était pas grave et qu'il fallait rester ce soir-là et descendre car il y avait Nina Simone qui se produisait. Woah, je l'aime cette grande dame de la chanson, on n'allait pas la rater, surtout à l'improviste comme ça, quelle aubaine !
On descend, tout heureux d'être si bien traités (sans être VIP !), une fille nous demande ce qu'on veut boire, on répond "rien" (!), qu'on voulait juste voir Nina Simone. Elle nous demande nos billets... Ben, on n'en a pas... Alors c'est TANT... Glups ! Ben, on ne peut pas payer, on n'a pas d'argent ! Elle nous toise de traviole, commence à s'énerver, ce qui attire l'attention des garçons derrière le comptoir... Tous nous regardent alors comme si on était des resquilleurs nés, la première honte de ma vie d'adulte !!! Heureusement que, à ce moment-là, le patron (vraiment adorable) était descendu, et, nous voyant encore plantés là comme des criminels en cours d'arrestation, interrogent du regard les employés qui, tout contents, clamèrent très haut "Ils n'ont pas d'argent !"... Re-honte, moi, petite-fille de mandarin, de grand seigneur ayant régné sur tout un village, si mon grand-père me voyait - remarquez qu'avec moi, il doit se retourner dans le tombeau des ancêtres plus d'une fois, et, de toutes façons, déshérité, mon père l'avait été bien avant moi, hi, hi !!! "Enfin, les gars, ça ne va pas, non ? Soyez sympa., prenez leurs vestiaires !" Euh... Olivier leur tend fièrement son pull, non pas miteux mais c'était tout comme, car à l'époque où je l'ai rencontré, il était plutôt du genre à garder même les chaussettes trouées. Inutile de vous dire qu'entre une qui jette tout et un qui collectionne tout, la vie commune ne fut pas facile, et elle ne l'est toujours pas, d'ailleurs  ! "Venez, nous dit ensuite le patron, la salle est déjà pleine, mais ici vous serez bien", nous chuchota-t-il en nous plaçant, debout, certes, mais, parmi d'autres personnes, dans un angle super pour la vue sur la scène !
Evidemment, chantée par Nina Simone, "Ne me quitte pas" prend d'autres allures. En définitive, je préfère quand même l'interprétation de Brel, le volcan éteint qui se réveille, je ne sais pas pourquoi, je pense que cela est plus... masculin ! Bref, n'étant pas féministe pour un sou, je m'ose cette distinction, que celles qui le sont me pardonneront, je l'espère ! Pour une femme, j'imaginerais plutôt une source tarie qui ressurgit...
(*) Situé 56 rue Galande, Les Trois Mailletz est un piano-bar, restaurant au rez-de-chaussée, et cabaret au sous-sol, avec ou sans dîner, une des plus vielles enseignes de Paris.
La terrasse est également agréable surtout en été pour prendre un verre ou dîner.

De 11h00 à 19h00 tous les jours au 01 43 25 96 86
Au piano-bar à partir de18h00 au 01 43 54 00 79
Au cabaret à partir de 20h30 au 01 43 54 42 94
Pour en savoir un peu plus, cliquer ICI 

Paroles de la chanson de Brel
- Ne me quitte pas
Il faut oublier
Tout peut s'oublier
Qui s'enfuit déjà
Oublier le temps
Des malentendus
Et le temps perdu
A savoir comment
Oublier ces heures
Qui tuaient parfois
A coups de pourquoi
Le cœur du bonheur
Ne me quitte pas (4 fois)
- Moi je t'offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays
Où il ne pleut pas
Je creuserai la terre
Jusqu'après ma mort
Pour couvrir ton corps
D'or et de lumière
Je ferai un domaine
Où l'amour sera roi
Où l'amour sera loi
Où tu seras reine
Ne me quitte pas (4 fois)
- Ne me quitte pas
Je t'inventerai
Des mots insensés
Que tu comprendras
Je te parlerai
De ces amants-là
Qui ont vu deux fois
Leurs cœurs s'embraser
Je te raconterai
L'histoire de ce roi
Mort de n'avoir pas
Pu te rencontrer
Ne me quitte pas (4 fois)
- On a vu souvent
Rejaillir le feu
D'un ancien volcan
Qu'on croyait trop vieux
Il est paraît-il
Des terres brûlées
Donnant plus de blé
Qu'un meilleur avril
Et quand vient le soir
Pour qu'un ciel flamboie
Le rouge et le noir
Ne s'épousent-ils pas
Ne me quitte pas (4 fois)
- Ne me quitte pas
Je ne vais plus pleurer
Je ne vais plus parler
Je me cacherai là
A te regarder
Danser et sourire
Et à t'écouter
Chanter et puis rire
Laisse-moi devenir
L'ombre de ton ombre
L'ombre de ta main
L'ombre de ton chien
Ne me quitte pas (4 fois)

- Ne me quitte pas
Il faut oublier
Tout peut s'oublier
Qui s'enfuit déjà
Oublier le temps
Des malentendus
Et le temps perdu
A savoir comment
Oublier ces heures
Qui tuaient parfois
A coups de pourquoi
Le cœur du bonheur
Ne me quitte pas (4fois)
- Moi je t'offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays
Où il ne pleut pas
Je creuserai la terre
Jusqu'après ma mort
Pour couvrir ton corps
D'or et de lumière
Je ferai un domaine
Où l'amour sera roi
Où l'amour sera loi
Où tu seras reine
Ne me quitte pas (4 fois)
- Ne me quitte pas
Je t'inventerai
Des mots insensés
Que tu comprendras
Je te parlerai
De ces amants-là
Qui ont vu deux fois
Leurs cœurs s'embraser
Je te raconterai
L'histoire de ce roi
Mort de n'avoir pas
Pu te rencontrer
Ne me quitte pas (4fois)
On a vu souvent
Rejaillir le feu
D'un ancien volcan
Qu'on croyait trop vieux
Il est paraît-il
Des terres brûlées
Donnant plus de blé
Qu'un meilleur avril
Et quand vient le soir
Pour qu'un ciel flamboie
Le rouge et le noir
Ne s'épousent-ils pas
Ne me quitte pas (4fois)
- Ne me quitte pas
Je ne vais plus pleurer
Je ne vais plus parler
Je me cacherai là
A te regarder
Danser et sourire
Et à t'écouter
Chanter et puis rire
Laisse-moi devenir
L'ombre de ton ombre
L'ombre de ta main
L'ombre de ton chien
Ne me quitte pas (4fois)
Un bon dessert en rouge et noir, des pruneaux cuits et framboises, dans un sirop léger parfumé au cognac ! C'est visuellement très beau, et l'on s'extasie comme devant un beau coucher de soleil ! 


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