... elle qui en a eu bien peu. Pour l'avoir perdue trop tôt, je n'en ai pas moins gardé le souvenir de ses gestes dans le quotidien, entièrement voués au bien-être de sa famille. J'aime me souvenir d'elle dans ces gestes-là, qui m'ont tant appris, sans mots inutiles, ces mêmes gestes que, parfois, je perpétue pour le bonheur de ceux qui m'entourent. Tout simplement.
Bienvenue chez moi, à vous, explorateurs du net.
Ici tout est souvent improvisé, un peu sens dessus dessous, un peu comme dans mon esprit, ma maison, ma vie, ma devise étant "pas de regrets de ce qui n'a pas été, heureux de ce qui est, et toujours curieux de ce qui sera", et ma seule constante étant le plaisir des mots jusque dans les maux.
COPYRIGHT : Attention, certains des textes et images de ce blog sont publiés dans des magazines. De même que tous ceux publiés ici, ils sont ma création personnelle, donc protégés par le droit d'auteur. Toute utilisation partielle ou intégrale est interdite sans mon autorisation, la demander à cette adresse électronique : colibri.blogs@orange.fr
Ce blog a été ouvert au public le 1er mai 2011 -

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dimanche 25 décembre 2011

joyeux noël et premiers voeux de ce blog

Joyeux Noël à vous tous qui passerez par là aujourd'hui !
En ces temps de belles fêtes pour beaucoup,
pensons à ceux qui ne vivent que d'espérance infinie,
faisons tout ce que nous pouvons de nos atouts
pour que leur attente ne soit pas toujours vaine.
Dans la volonté de sauver nos âmes encore humaines
ne passons pas à côté de l'essentiel dans la vie des autres
veillons à ne pas laisser s'éteindre notre sens du partage,
pour que chacun puisse trouver une place comme la nôtre
celle où nous aimons vivre avec un ciel clair sans nuages...

Je dédie les premiers voeux de ce blog
à la mémoire de ma mère, si généreuse dans sa vie

lundi 12 décembre 2011

photos de soirs pour une soif d'eau, ici et ailleurs...

La lune était belle au-dessus de la Seine, samedi soir. J'ai pris quelques photos en allant à un rendez-vous bière-moules-frites. En traversant le pont Saint-Michel pour rejoindre la place du Châtelet, j'ai vu au loin l'hôtel de ville illuminé pour les fêtes. Quand j'habitais à côté, je ne faisais jamais attention à ce genre de détail... On prépare Noël beaucoup trop tôt, cela fait perdre de la magie à cette fête qui peut être somptueuse dans certaines traditions. Du vivant du père d'Oli, on passait parfois les fêtes dans le Jura, souvent la neige était au rendez-vous. La grande cheminée de l'ancienne ferme restaurée, après dépose pierre par pierre de la bâtisse louée aux paysans du temps des arrières grands-parents, puis remontage dans les règles de l'art par un artisan spécialisé dans la réhabilitation des bâtiments anciens, n'était pas de trop pour nous réchauffer après nos promenades dans cette région, appelée aussi "la petite Sibérie" où, parfois, en hiver, la température descend jusqu'à -40°... Finalement, je n'aime la moyenne montagne qu'en hiver, même si ne je suis pas une fan du ski de fond, ni même, d'ailleurs, du ski alpin, je n'ai plus chaussé de ski depuis bien longtemps. La mer, la mer, encore la mer, sans être une sportive aquatique non plus, je ne m'en lasse pas, de ses mouvements incessants... La campagne me semble par trop statique. Bien que le passage d'une saison à l'autre y soit fort spectaculaire, je m'y ennuie vite... Je crois que j'ai besoin de savoir l'eau à proximité de moi pour me sentir bien...
 
Quel que soit l'endroit, mes pas me mènent toujours au bord de l'eau, comme un besoin inconscient, un recroquevillement sur moi-même, l'espoir impossible de retourner dans l'eau de la vie dans le ventre de ma mère...
L'eau de la Seine, aujourd'hui, l'eau du Rhin, hier (ci-desssous, Strasbourg)

L'eau de la Manche, demain, celle qui vient lécher la maison de Maria les soirs de grande tempête, celle vers laquelle mon regard se tourne inlassablement, matin et soir...

  

jeudi 8 décembre 2011

souvenir du jour (neige)

Ce plaqueminer(*) m'émerveille chaque
année en cette saison...

cliquer ICI, pour le plaisir des yeux !
Je me demande si je ne préfère pas la neige au temps de ch... qu'on a en ce moment ! Le matin, j'ai du mal à me lever, il fait sombre et humide, on a la même lumière, ou plutôt la même absence de lumière toute la journée, brrr... Pas joli, ni encourageant, pour mettre le nez dehors. Or, il y a de jolies photos à faire : hier, en passant en taxi le long des quais, j'ai été surprise par le contraste entre le ciel très sombre, presque noir, et les mouettes en mouvement au-dessus de la Seine. Certaines volaient assez bas au-dessus de l'eau, leurs plumages blancs et gris se fondaient tout en se détachant superbement sur ces fonds ténébreux, de même que la silhouette des arbres tout dépouillés laissant apparaître leurs branches et troncs clairs et blancs pour quelques-uns... Les façades monochromes des monuments prenaient de même beaucoup de relief avec cette lumière saturée qui enveloppait toute la ville. Malheureusement, je n'avais pas d'appareil sur moi..., cela aurait bien valu bien une balade clic-clac ! Voilà, ça m'apprendra à être défaitiste ! En fait, je n'ai pas le réflexe photo sur mon téléphone portable, qui donne des résultats pourtant assez satisfaisants... Mais quelquefois, j'aime bien oublier l'appareil, juste pour prendre le temps de contempler, sans intermédiaire, j'ai remarqué que cela tronquait parfois les impressions, de faire une fixation sur les photos...
Ce même plaqueminier, sous la neige,
l'année dernière, à la même date,
à la même heure...
L'année dernière, au même moment, je m'en donnais à coeur joie, de prendre Paris sous la neige, une bonne journée de récréation dans laquelle j'avais même pu entraîner Oli, sans  qu'il ne résistât trop longtemps ! On en garde encore un souvenir vivant, de cette pagaille en plein centre ville, et c'est là qu'on se dit qu'on a bien de la chance de pouvoir se passer de voiture dans la capitale. Espérons que notre service public des transports ne va pas se détériorer comme la poste, où certains jours les scènes sont assez ubuesques... Hier, je me suis arraché les cheveux devant une machine pour envoyer une LRAR, tout ça devant les yeux de merlan frit d'un employé qui se tournait les pouces en attendant que j'aie fini, pour enfin me la prendre des mains et faire son boulot d'envoyeur, c'est-à-dire le mettre dans le panier correspondant !!!
(*) Le plaqueminier donne des fruits comestibles, appelés kakis. En ce moment, j'en fait une bonne cure,  nature, c'est bon pour le régime, et si d'aucuns trouvent son goût assez fade, sa saveur très subtile me plaît. Parfois, je le découpe en tranches et l'assaisonne de... sel et poivre ou de piment d'Espelette ! Ceux que je préfère sont les Persimon, en provenance d'Espagne, une variété désormais facile à manger, il n'y a plus besoin d'attendre qu'ils soient très mûrs, voire blettes ou déliquescents, ils ne sont plus âcres du tout. Auparavant, seule la variété Sharon (en provenance d'Israël) permettait de les manger crus encore fermes, sans attendre le blettissement.

mardi 29 novembre 2011

hasard de blog au fil de Venise (dédicace à Dany)



En passant chez Danielle (créatrice d'un superbe blog sur Venise),
(http://venetiamicio.blogspot.com/) aujourd'hui, il y avait une photo qu'elle a prise à partir de l'hôtel où elle séjourne régulièrement et actuellement. Les hasards de sa nouvelle chambre ont fait que nous avons presque la même photo de Venise ! Bon, d'accord, moi, je l'avais prise d'un vaporetto, la vue est un peu chancelante comme ces flots qui mouvementent le grand canal avec son trafic parfois survolté, par rapport à la sienne, privilégiée par un réveil contemplatif, luxe que seule la prise de temps permet, sur le bout de la calle del Rosa. Je me souviens maintenant qu'elle m'avait effectivement dit, en voyant la photo dont je suis l'auteur, sur le blog de Zeb (billet "pas un chat, mais des chats à Venise", publié en avril dernier 2010 (dans mon désordre quotidien, je perds la notion des jours, des semaines, voire des années !), que c'était la vue qu'elle voyait tous les matins de son squat vénitien habituel puisqu'elle a la magnifique opportunité d'y aller chaque année en diverses occasions !!! Chat alors ! Tiens, pour la peine, je publie les deux photos, en dédiant la mienne (qui n'est assurément pas une oeuvre d'artiste comme la sienne, hi, hi !) à son blog très agréable à parcourir, comme ces inlassables promenades dans la Sérénissime...

C'est vraiment la même vue, mais les couleurs ne sont pas les mêmes !!! Ma photo date d'avril 2010... Les arbres sont toujours là, les embarcations aussi, quasiment dans la même position, mais il faut croire qu'en avril elles sont plus frileuses qu'en novembre : celle à gauche avait un taud !
Je dédie évidemment à Dany ce billet, en lui souhaitant un excellent séjour dans cette cité si intemporelle que seules les nuances de couleurs rappellent qu'elle vit au rythme des secondes de notre temps... Un petit texte ? Cliquer ICI...

dimanche 27 novembre 2011

un peu de lecture, en attendant...

... que je mette de l'ordre dans tous mes blogs, les anciens et les tout neufs ! Le texte ci-dessous a déjà été publié sur un autre blog que certains d'entre vous connaissent, un de mes blogs actuellement en dormance (les travaux n'avancent pas vite, je dirais même qu'ils n'ont pas commencé, vu que je ne sais pas par quel bout les prendre, pas douée la fille !).
Il avait été conçu dans le cadre d'un jeu d'écritures (cinquième du genre) mis en scène par Lizly et Madame Kevin du "blog à mille mains" (ICI) . Ce jeu consistait à imaginer un récit à partir de cette illustration (cf. Cuisine(s) et dépendance(s), Libellés, v° écriture (jeu), billet du 23 novembre 2010, que je viens de restaurer pour les références aux différents blogs qui en ont été les organisateurs, et celui de JJP44 couleurs d'aencre un blog que j'aime beaucoup lire et sans lequel je n'aurais pas connu ce jeu. En passant, merci JJ !  

"La maison au milieu des arbres brûlés"
"Pourquoi celui-là, ce tableau-là, et pas un autre de toute la série qu’elle avait retrouvée dans ce grenier poussiéreux de la demeure familiale abandonnée depuis des lustres, dans ce coin du Jura où personne ne mettait plus les pieds. "Trop froid", "trop sec", "trop loin de la mer", les excuses ne manquaient pas dès lors que tous ses frères et sœurs avaient choisi le soleil… C’est curieux, cette attirance pour le soleil, le ciel bleu, la mer, la chaleur, dans cette famille, tous blonds au teint diaphane, n’ayant rien de méditerranéen, ni dans les veines, ni dans la culture. La maison avait été vidée de ses plus beaux meubles d’époque entassés depuis des siècles, des meubles "qui sentent la mort", comme elle disait, pour rire, lorsqu’on lui demandait : "Tu ne prends rien ?"… Non, les meubles ne l’intéressaient pas. Elle est plutôt tournée vers le minimalisme, en architecture encore plus qu'en tout autre domaine, elle n'aime que les lignes très épurées, presque primitives, ou modernes, selon le recul dans la culture qu’on a de cet art difficile. Ses préférences sont loin du goût "Second em-pire" comme elle se plaît à le dire en deux syllabes bien distinctes ! Mais cette vue de New York sous la neige, l'un de cette série de tableaux reproduisant la même scène à des instants différents, telle une quête obsessionnelle de son auteur, son grand-père d’ambassadeur, la fascinait. Il y en avait au moins dix, entassés au milieu d’autres toiles poussiéreuses à souhait. Au moment du partage successoral, elle les avait toutes longtemps passées en revue d’un œil vague, sans conviction, leur préférant de loin les livres anciens, avant de s’arrêter sur cette série-là, lorsque son cœur n’avait fait qu’un saut dans sa poitrine en découvrant, sous le film de poussière, tous ces tableaux d’une même vue, des tours sous un paysage d’hiver. Il était difficile de les distinguer les uns des autres pour un œil peu averti en art pictural… Exactement les mêmes détails, avec juste une lumière différente. Une touche imperceptible de blanc, de bleu ou de jaune, et la neige prenait une autre dimension, imprimant alors au tableau l’état d’esprit du peintre à la création de son œuvre. Ici, elle était sombre et reflétait une morne journée pour ce grand-père ténébreux et poète à ses heures, là, elle était scintillante sous le soleil d’hiver, présage d’un instant joyeux que l'esprit mutin de son aïeul savait aussi parfois, oubliant alors ses fonctions et ses devoirs, appeler de tous ses vœux pour laisser libre cours à ses fantaisies, peu de mise dans ce milieu si conventionnel où il évoluait, ce soleil qui réchauffe les cœurs endoloris par des souvenirs trop cruels, comme aujourd’hui où elle regarde ce tableau-là, unique contrepoint sur le mur blanc de l'immense couloir d’entrée de son loft où un rayon oblique, arrivant du puits de lumière à l’instant même où elle passait le pas de la porte, avait sublimé la toile. Instant magique qui a donné au tableau enfin tout son sens, ce coup de foudre qu’elle avait eu pour cette série-là et pas une autre. New York, une ville qu’elle ne connaît toujours pas… Et pourtant… Est-ce cette lumière froide et sèche caressant timidement la toile, aujourd’hui, après une semaine de pluie grise et sale sur la capitale française, qui a restitué à cette vue une signification particulière, en cette saison où son âme mélancolique se complaît toujours à quelques souvenirs douloureux en se laissant même aller à pratiquer l’uchronie comme une science ? D'un geste machinal, elle expédie ses chaussures dans un coin de la pièce et, pieds nus, sans même prendre la peine de se chausser pour l'intérieur, elle s’arrête longtemps devant l'oeuvre, à la regarder, presque jusqu’à sa dématérialisation, comme si la scène n’était pas sur la toile, mais derrière celle-ci… C’est soudain une voix qui en sort : "What do you think I’m doing here ?"… Cette voix, si triste et résignée quand il disait cela..., comme si l’absence, la séparation, la modulait désespérément et inlassablement sur le même ton…, cette voix que sept heures de décalage horaire éloignaient d’elle dont le corps aurait franchi l’espace et le temps, sans conditions, ne serait-ce que pour sentir le souffle chaud d’où elle sortait, s'il le lui avait expressément demandé, lui qui se réfugiait derrière l'inutilité des mots quand les gestes suffisaient… Toutes ces journées à attendre que le téléphone sonnât, où elle errait dans son appartement comme un fauve en cage, dans l’incapacité totale de fixer sa contention sur un travail quelconque, à regarder l’horloge dont les minutes s’égrenaient narquoisement à une allure interminable… Toutes ces journées, si lointaines déjà qu’il fallait presque, dans les contingences habituelles, faire un effort pour se les remémorer dans tous leurs détails, où elle observait, de sa fenêtre, la rue sans la voir, où la fin de l’après-midi la surprenait encore le nez collé au carreau, à essayer de fixer ses idées, quand, dehors, les chiens libres allaient et venaient, se querellaient bruyamment, les enfants rentrant de l’école tapaient dans n’importe quoi sur leur passage pour se défouler, avec des cris qu’elle entendaient à peine, la rue grouillait de gens, les voitures klaxonnaient d’impatience derrière des camions en train de décharger, dehors où la vie battait son plein, alors que, à l’intérieur d’elle, tout était silence et attente… Toutes ces journées lointaines où le flux incessant de la circulation automobile, le hurlement des sirènes de pompiers complétaient la multitude des sons quotidiens de cette artère parisienne plutôt animée et bruyante, tandis que son esprit se frayait un chemin dans la confusion de ses pensées et traversait les mers jusqu'à lui... Toutes ces journées où son cœur bondissait là-bas, dans cette cité qu’elle ne connaissait pas et qu'elle rêvait de visiter et de photographier à l’envie, pour son graphisme si photogénique, imaginant sa grande silhouette derrière son bureau aux parois de verre, en train de plancher sur un projet d’envergure qui irait encore restreindre l'espace de ce paysage peint par son ancêtre...
Alors qu’elle esquisse un léger mouvement des pieds pour chasser de ses jambes ankylosées les fourmis, un avion passe le mur du son et la sort de sa rêverie. Elle se rappelle alors seulement ces instants où, dans la solitude de la nuit, son cœur pleurait en pensant à ces vols qui n’étaient pas encore arrivés à destination, à cette maison au milieu des arbres brûlés où ils avaient passé une semaine si particulière, quelque part dans le midi de la France, là où est resté à jamais, enfoui comme un secret s’il en était un, cet amour perdu dont elle n’arrive à parler à personne..."
En tout cas, j'en avais parlé à moi-même !!! Ce texte a été adapté pour coller au jeu, mais il existe, en partie, depuis... 1995 ! Il me souvient des grèves de cette année-là, le courrier n'arrivait plus régulièrement pour me permettre de travailler correctement à la maison, je n'avais pas envie de galérer pour aller au bureau, je m'étais un peu mise en indisponibilité, et, pour m'occuper, j'avais commencé une petite nouvelle qui devait faire une centaine de pages avec très peu de personnages. Ben, de fil en aiguille, je me suis attachée aux personnages secondaires, je les ai fait vivre, tellement bien qu'ils m'ont envahie !!! Trois mois après le début de l'écriture, j'en étais à... 450 pages, et  seulement aux deux tiers de la fin du roman (toujours au fond d'un tiroir, mais je ne m'appelle pas PPDA, c'est mieux qu'il y reste !!!). J'avais trouvé l'exercice simplement amusant, et plus amusante encore l'histoire de cette écriture, qui m'a habitée à tel point que mon homme en était même devenu jaloux !!!

 
Cartes postales du jour : Jura - Strasbourg - Automne 2011

mercredi 12 octobre 2011

le rouge et le noir, ou je me souviens d'une grande dame de la chanson


Corse - Coucher de soleil sur la baie de Saint-Florent

On ne sait pas pourquoi, certains jours, de fil en aiguille, les souvenirs remontent à la surface, d'abord avec imprécision, en un magma sans consistance, puis se forment comme des goutelettes fines, qui, en s'élargissant, se dessinent en belles arabesques, telle cette substance grasse qui prend naissance au milieu d'une flaque pour évoluer en un prisme merveilleux aux couleurs d'un arc-en-ciel qui surgit soudain comme le monolithe de l'Odyssée de l'espace (film de Stanley Kubrick), impressionnant, imposant, on ne voit plus que lui, comme une évidence incontournable. C'est alors une chute vertigineuse vers... le passé ? Je dirais plutôt un espace non-temps dans lequel l'esprit aime vagabonder, s'évader, en un circuit non pas linéaire mais circulaire dont, avec ou sans fil d'Ariane, on sait qu'on retrouvera la sortie, juste rappelé à l'ordre du jour par les impératifs de la vie dont on se passerait bien, surtout lorsqu'ils sont aussi bruyants qu'une sonnerie de téléphone, objet devenu certes indispensable dans la vie professionnelle de chacun, mais tant haï par moi que j'en suis très peu utilisatrice, même à usage privé, ne le tolérant que pour les urgences. En fait, je l'admets, je suis peu diserte au fil, je me contente d'écouter les autres s'épancher sur leurs malheurs (c'est vrai que je reçois peu de coups de fil joyeux, après quelques banalités d'usage, on en vient souvent "au fait" (?), comme si mon interlocuteur se rappelle soudain ma profession ou une proposition généreuse que j'ai dû faire un peu intempestivement, à un moment où j'étais, certes, disponible, ce qui n'est pas toujours le cas trois mois après, ou comme si on a juste besoin d'une oreille au bout du fil, peu importe laquelle, un numéro au hasard... J'écoute mieux mes proches que je ne sais leur parler de moi, j'y verrais comme une sorte de vanité, non pas que je n'ai point d'affection pour ceux qui m'écouteraient, mais seulement la certitude que rien n'y changerait...
En "parlant" avec Dany (du beau blog Venetiamicio) à propos d'une sympathique vidéo aux images époustouflantes, j'en étais arrivée à évoquer la Corse, son beau ciel en cette saison où j'aime bien aller les contempler, pour ses somptueux couchers de soleil sur la baie de Saint-Florent... Le rouge et le noir... Deux couleurs qui vont si bien ensemble que, tant dans la littérature que dans la peinture, on les associe sans modération. Et dans la chanson. Qui, l'ayant entendue, une fois, ne se souvient-il pas de ces fameux vers de la chanson de Jacques Brel, "Ne me quitte pas" :
"Et quand vient le soir
Pour qu'un ciel flamboie
Le rouge et le noir
Ne s'épousent-ils pas"
Lorsque j'entends cette chanson, évidemment, c'est Brel que je vois la chanter, avec sa gestuelle unique, la mobilité de son visage si expressif collant parfaitement aux mots, qui en faisaient un personnage fascinant sur scène, à l'inverse de Brassens dont j'adore les chansons mais que je trouvais très ennuyeux en spectacle. Mais, surtout, je me retrouve projetée je ne sais combien d'années en arrière, lorsque je venais de découvrir Les Trois Mailletz (*) où se produisaient parfois quelques artistes incontournables de l'époque. Un soir, Oli et moi, tout fraichement amoureux, y étions arrivés pour prendre un pot comme quelques jours auparavant. Or, entre-temps, je venais de me faire voler à l'arraché, un sport très en vogue à l'époque, si bien que, traumatisée, je ne portais plus de sac à main, je sortais légère, tout dans les poches... quand j'en avais, ou dans le soutif... quand j'en portais ! Ce soir-là, un beau soir d'été chaud mais avec de l'air, j'étais habillée en fille, pas en jupe-culotte, mais en vraie jupe virevoltante sous la brise douce de la fin du jour, je n'avais pas de poche, j'avais filé un bifton à garder à Oli qui lui était moulé taille mannequin (à l'époque !!!) dans un pantalon d'été tout blanc, avec juste un pull jeté par dessus les épaules, sur une chemisette bleu foncé à manches courtes. Je nous revois comme si c'était hier !
Au moment de partir et de payer, cata, Oli fouille, retourne désespérément ses poches, rien ! Apparemment, il n'y avait pas que les vols à l'arraché qui se pratiquaient dans les rues ou dans le métro ! Mon air consterné fit rire le patron, qui m'avait un peu repérée semble-t-il, la première fois que j'étais venue, il me dit, non pas de payer un autre jour, mais que ce n'était pas grave et qu'il fallait rester ce soir-là et descendre car il y avait Nina Simone qui se produisait. Woah, je l'aime cette grande dame de la chanson, on n'allait pas la rater, surtout à l'improviste comme ça, quelle aubaine !
On descend, tout heureux d'être si bien traités (sans être VIP !), une fille nous demande ce qu'on veut boire, on répond "rien" (!), qu'on voulait juste voir Nina Simone. Elle nous demande nos billets... Ben, on n'en a pas... Alors c'est TANT... Glups ! Ben, on ne peut pas payer, on n'a pas d'argent ! Elle nous toise de traviole, commence à s'énerver, ce qui attire l'attention des garçons derrière le comptoir... Tous nous regardent alors comme si on était des resquilleurs nés, la première honte de ma vie d'adulte !!! Heureusement que, à ce moment-là, le patron (vraiment adorable) était descendu, et, nous voyant encore plantés là comme des criminels en cours d'arrestation, interrogent du regard les employés qui, tout contents, clamèrent très haut "Ils n'ont pas d'argent !"... Re-honte, moi, petite-fille de mandarin, de grand seigneur ayant régné sur tout un village, si mon grand-père me voyait - remarquez qu'avec moi, il doit se retourner dans le tombeau des ancêtres plus d'une fois, et, de toutes façons, déshérité, mon père l'avait été bien avant moi, hi, hi !!! "Enfin, les gars, ça ne va pas, non ? Soyez sympa., prenez leurs vestiaires !" Euh... Olivier leur tend fièrement son pull, non pas miteux mais c'était tout comme, car à l'époque où je l'ai rencontré, il était plutôt du genre à garder même les chaussettes trouées. Inutile de vous dire qu'entre une qui jette tout et un qui collectionne tout, la vie commune ne fut pas facile, et elle ne l'est toujours pas, d'ailleurs  ! "Venez, nous dit ensuite le patron, la salle est déjà pleine, mais ici vous serez bien", nous chuchota-t-il en nous plaçant, debout, certes, mais, parmi d'autres personnes, dans un angle super pour la vue sur la scène !
Evidemment, chantée par Nina Simone, "Ne me quitte pas" prend d'autres allures. En définitive, je préfère quand même l'interprétation de Brel, le volcan éteint qui se réveille, je ne sais pas pourquoi, je pense que cela est plus... masculin ! Bref, n'étant pas féministe pour un sou, je m'ose cette distinction, que celles qui le sont me pardonneront, je l'espère ! Pour une femme, j'imaginerais plutôt une source tarie qui ressurgit...
(*) Situé 56 rue Galande, Les Trois Mailletz est un piano-bar, restaurant au rez-de-chaussée, et cabaret au sous-sol, avec ou sans dîner, une des plus vielles enseignes de Paris.
La terrasse est également agréable surtout en été pour prendre un verre ou dîner.

De 11h00 à 19h00 tous les jours au 01 43 25 96 86
Au piano-bar à partir de18h00 au 01 43 54 00 79
Au cabaret à partir de 20h30 au 01 43 54 42 94
Pour en savoir un peu plus, cliquer ICI 

Paroles de la chanson de Brel
- Ne me quitte pas
Il faut oublier
Tout peut s'oublier
Qui s'enfuit déjà
Oublier le temps
Des malentendus
Et le temps perdu
A savoir comment
Oublier ces heures
Qui tuaient parfois
A coups de pourquoi
Le cœur du bonheur
Ne me quitte pas (4 fois)
- Moi je t'offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays
Où il ne pleut pas
Je creuserai la terre
Jusqu'après ma mort
Pour couvrir ton corps
D'or et de lumière
Je ferai un domaine
Où l'amour sera roi
Où l'amour sera loi
Où tu seras reine
Ne me quitte pas (4 fois)
- Ne me quitte pas
Je t'inventerai
Des mots insensés
Que tu comprendras
Je te parlerai
De ces amants-là
Qui ont vu deux fois
Leurs cœurs s'embraser
Je te raconterai
L'histoire de ce roi
Mort de n'avoir pas
Pu te rencontrer
Ne me quitte pas (4 fois)
- On a vu souvent
Rejaillir le feu
D'un ancien volcan
Qu'on croyait trop vieux
Il est paraît-il
Des terres brûlées
Donnant plus de blé
Qu'un meilleur avril
Et quand vient le soir
Pour qu'un ciel flamboie
Le rouge et le noir
Ne s'épousent-ils pas
Ne me quitte pas (4 fois)
- Ne me quitte pas
Je ne vais plus pleurer
Je ne vais plus parler
Je me cacherai là
A te regarder
Danser et sourire
Et à t'écouter
Chanter et puis rire
Laisse-moi devenir
L'ombre de ton ombre
L'ombre de ta main
L'ombre de ton chien
Ne me quitte pas (4 fois)

- Ne me quitte pas
Il faut oublier
Tout peut s'oublier
Qui s'enfuit déjà
Oublier le temps
Des malentendus
Et le temps perdu
A savoir comment
Oublier ces heures
Qui tuaient parfois
A coups de pourquoi
Le cœur du bonheur
Ne me quitte pas (4fois)
- Moi je t'offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays
Où il ne pleut pas
Je creuserai la terre
Jusqu'après ma mort
Pour couvrir ton corps
D'or et de lumière
Je ferai un domaine
Où l'amour sera roi
Où l'amour sera loi
Où tu seras reine
Ne me quitte pas (4 fois)
- Ne me quitte pas
Je t'inventerai
Des mots insensés
Que tu comprendras
Je te parlerai
De ces amants-là
Qui ont vu deux fois
Leurs cœurs s'embraser
Je te raconterai
L'histoire de ce roi
Mort de n'avoir pas
Pu te rencontrer
Ne me quitte pas (4fois)
On a vu souvent
Rejaillir le feu
D'un ancien volcan
Qu'on croyait trop vieux
Il est paraît-il
Des terres brûlées
Donnant plus de blé
Qu'un meilleur avril
Et quand vient le soir
Pour qu'un ciel flamboie
Le rouge et le noir
Ne s'épousent-ils pas
Ne me quitte pas (4fois)
- Ne me quitte pas
Je ne vais plus pleurer
Je ne vais plus parler
Je me cacherai là
A te regarder
Danser et sourire
Et à t'écouter
Chanter et puis rire
Laisse-moi devenir
L'ombre de ton ombre
L'ombre de ta main
L'ombre de ton chien
Ne me quitte pas (4fois)
Un bon dessert en rouge et noir, des pruneaux cuits et framboises, dans un sirop léger parfumé au cognac ! C'est visuellement très beau, et l'on s'extasie comme devant un beau coucher de soleil ! 


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jeudi 22 septembre 2011

"parce que c'était lui, parce que c'était moi", ou de l'amitié

Zeb (à gauche) et Teja (à droite), au milieu du pont de l'Arc-en-ciel
Quelle phrase plus éloquente pourrait-elle traduire l'amitié ? Je me suis souvenue de cette simple référence à un texte de Montaigne, alors que je publiais un doux billet sur le blog de Zeb pour son ami Teja, qui nous a quittés à 22 ans, après une belle vie passée dans la maison de Paola, sans adversité si ce n'est celle liée à l'âge.
Dans la relation qu'il a faite de leurs retrouvailles sur le pont de l'Arc-en-ciel, Zeb a cité cette phrase "parce que c'était lui, parce que c'était moi", tirée de "Les Essais" (livre 1er, chapitre XXVIII), où Montaigne parlait de l'amitié qui l'unissait à La Boétie.
"Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont qu’accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos âmes s’entretiennent. En l’amitié de quoi je parle, elles se mêlent et se confondent l’une en l’autre, d’un mélange si universel qu’elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant: «Parce que c’était lui, parce que c’était moi.»
Il y a, au-delà de tout mon discours, et de ce que j’en puis dire particulièrement, je ne sais quelle force inexplicable et fatale, médiatrice de cette union. Nous nous cherchions avant que de nous être vus, et par des rapports que nous entendions l’un de l’autre, qui faisaient en notre affection plus d’effort que ne porte la raison des rapports, je crois par quelque ordonnance du ciel; nous nous embrassions par nos noms. Et à notre première rencontre, qui fut par hasard en une grande fête et compagnie de ville, nous nous trouvâmes si pris, si connus, si obligés entre nous, que rien dès lors ne nous fut si proche que l’un à l’autre. Il écrivit une satyre latine excellente, qui est publiée, par laquelle il excuse et explique la précipitation de notre intelligence, si promptement parvenue à sa perfection. Ayant si peu à durer, et ayant si tard commencé (car nous étions tous deux hommes faits, et lui de quelques années de plus), elle n’avait point à perdre de temps et à se régler au patron des amitiés molles et régulières, auxquelles il faut tant de précautions de longue et préalable conversation. Celle-ci n’a point d’autre idée que d’elle-même, et ne se peut rapporter qu’à soi. Ce n’est pas une spéciale considération, ni deux, ni trois, ni quatre, ni mille: c’est je ne sais quelle quintessence de tout ce mélange, qui, ayant saisi toute ma volonté, l’amena se plonger et se perdre dans la sienne, d’une faim, d’une concurrence pareille. Je dis perdre, à la vérité, ne nous réservant rien qui nous fût propre, ni qui fût ou sien, ou mien.
L’ancien Menander disait celui-là heureux, qui avait pu rencontrer seulement l’ombre d’un ami: il avait certes raison de le dire, même s’il en avait testé. Car à la verité si je compare tout le reste de ma vie, quoiqu’avec la grâce de Dieu je l’aie passée douce, aisée et, sauf la perte d’un tel ami, exempte d’affliction pesante, pleine de tranquillité d’esprit, ayant pris en paiement mes commodités naturelles et originelles sans en rechercher d’autres; si je la compare, dis-je, toute aux quatre années qu’il m’a été donné de jouir de la douce compagnie et société de ce personnage, ce n’est que fumée, ce n’est qu’une nuit obscure et ennuyeuse. Depuis le jour que je le perdis, je ne fais que traîner languissant; et les plaisirs même qui s’offrent à moi, au lieu de me consoler, me redoublent le regret de sa perte." 
Le billet de Zeb se trouve sur son blog "lettre de zébulon le chat à bruno M."
Voici la reproduction du texte (dialogues) de son billet :
ZEB : "Les lueurs de l'aube étaient douces, ce matin-là. Je me suis réveillé tôt, très tôt, sans trop savoir pourquoi, comme mu par l'intuition de devoir être prêt pour un rendez-vous à ne pas manquer. Mes pas me conduisirent au milieu du pont de l'Arc-en-ciel. En quittant la belle vallée fleurie, je souriais en voyant, derrière moi, la vieille Misty, qui ne m'aimait pas trop lorsque nous vivions ensemble, me trouvant un peu turbulent, et la petite Nimbusse, ma fiancée de toujours, celle qui m'avait accompagné bien longtemps dans ma vie en contrebas du pont, en silence, sans jamais me reprocher quoi que ce soit, se pliant volontiers à toutes mes fantaisies, et que j'ai fini par rejoindre ici, heureux de la retrouver telle qu'elle m'avait quitté. Elles somnolaient toutes les deux ensemble, comme les bonnes copines qu'elles étaient, dans les premiers rayons des mille soleils qui irradient ce pays merveilleux qui nous abrite lorsque l'âge ou les maladies terrestres ont raison de nous, où nous sommes toujours heureux d'accueillir les nouveaux arrivants, tous âges confondus, de quelque origine qu'ils soient, pour l'éternité, ce beau statut dont tous nos Humains rêvent tant et que nous, Chats, sommes certains d'acquérir, sans scepticisme aucun, quel que soit notre parcours suivi sans, avec ou chez Eux. Sur le chemin du pont, je croisais Teodolinda, de la Tribu de Paola, venue récemment nous rejoindre, qui discutait avec Dada, encore une de la Tribu… Sur un arbre plein de jouets rigolos s'amusaient comme des fous Esteban et Djanira, les bambini de la Tribu, trop tôt arrachés à celle-ci mais ayant trouvé réconfort ici, sans aucune adversité, sous l'oeil attentifs des adultes. Ils me saluèrent d'un joyeux "Papily Zeb !" et me demandèrent où j'allais ainsi de si bonne heure, me faisant promettre de leur montrer encore quelques tours de magie quand j'aurai le temps, plus tard, lorsque le devoir qui semblait m'appeler aura été rempli... Soudain, mon cœur bondit dans ma poitrine. Le rythme de ma respiration s'accéléra. J'étais à l'entrée du pont et abordais sa montée lorsque je vis, au loin, une silhouette familière qui s'avançait, par l'autre côté, tranquillement vers moi, de sa démarche sûre et altière, du haut de ses 22 ans, avec sa sérénité habituelle qui le faisait apparaître si sage, de cette sagesse que tant de nos congénères lui enviaient et qu'il savait dispenser sans grand discours... Dans les premières étincelles dorées du jour qui allait éclater, je vis briller son beau regard bleu qui illumina tout l'espace… Je compris tout d'un coup pourquoi j'étais au  milieu de ce pont, ce matin-là. Mon vénérable ami Teja venait de l'enjamber, dans la nuit, tranquillement, se coulant dans ce sommeil sans réveil mais si paisible que les Humains n'auraient pas le cœur de nous en sortir… Le mien ne m'avait pas trompé : il fallait que je sois là, tôt, ce matin-là, pour accueillir mon vieil ami, il comptait sur ma fidélité, et pour rien au monde, je n'y aurai failli. "Parce que c'était lui, parce que c'était moi" (*)... C'est lui, c'est moi, aujourd'hui comme hier, et pour l'éternité…"
TEJA : "Ah, Chipie, ma petite-nièce de coeur, je ne doutais point que ton frère, mon honorable ami Zeb, serait là, à l'heure, pour m'accueillir. Comme j'ai été heureux de le revoir, lui, mon fidèle ami ! Je l'ai tout de suite reconnu, de l'autre côté du pont, même si, dans sa précipitation pour ne pas me manquer, il avait oublié de se peigner, il avait les poils de son beau  plastron blanc en bataille ! Qu'importe, nous avions l'air de fringants jeunes premiers lorsque, au milieu du pont, nous nous retrouvâmes avec bonheur ! Ah, cela m'enchante de pouvoir reprendre nos conversations interminables autour d'un verre de lait, en fumant une pipe avec du tabac qui sent bon, ma douce Chipie ! Voilà, je suis heureux, vraiment, je vais pouvoir revoir, en compagnie de Zeb, tous les miens de la Tribu, ainsi que les amis du club, Gribouille, Max, Tigrou, Mistigri, et, surtout les frère et cousin de dame Kali que j'ai connus, Rafi et Ponpon ! La vie est belle, au-delà du pont de l'Arc-en-ciel !"

Quand on parle "amitié", je pense, personnellement aussi, à ce beau poème de Rutebeuf (1230-1285) :
Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Ce sont amis que vent me porte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta
Avec le temps qu'arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n'aille à terre
Avec pauvreté qui m'atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d'hiver
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à honte
En quelle manière
Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Le mal ne sait pas seul venir
Tout ce qui m'était à venir
M'est advenu
Pauvre sens et pauvre mémoire
M'a Dieu donné, le roi de gloire
Et pauvre rente
Et droit au cul quand bise vente
Le vent me vient, le vent m'évente
L'amour est morte
Ce sont
amis que vent emporte
Et il ventait devant ma po
rte
Les emporta

A tous ceux que j'aime, que le vent n'a pas emportés...

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lundi 12 septembre 2011

le temps des noisettes, ou l'arbre aux souvenirs

A chaque saison des noisettes, je repense à ce poème libre écrit il y a bien longtemps, j'avais alors à peine 20 ans. Problème : à part les maladresses de style dans ce genre à part entière, ou plutôt entièrement à part, j'ai l'impression, au fond, que je n'ai pas changé !!! Que faut-il faire pour que je devienne adulte, enfin... Bon, ce n'est pas le chat qui va m'aider !!!

Le temps des noisettes
est à jamais mort
Et bientôt très rapidement
l'image d'une petite fille
au regard pur que tu as cru aimer
s'estompera tout aussi sûrement
dans les brumes d'un hiver
dont je ne verrai pas
au fond de moi-même la fin

Tous les soleils qui ont brûlé
hier et jusqu'à présent
n'ont laissé de trace
ni dans mon âme tourmentée
ni sur mon corps languissant
J'ai tout laissé
dans l'oubli des jours bleuissant
et demain ceux qui m'ont adorée
ou sans doute même haïe
m'oublieront également

Pourtant un jour
au soir de mon âge
je revivrai peut-être
pour ces rêves enfouis
dans les sentiers broussailleux
des chimères de mon enfance
pour ces rêves purs de beauté
et de solitude choisie
un dimanche où j'ai existé
où tout mon être
a vibré à ta musique
à ta charmante sérénité

Dans le présent du temps
j'avais pu me mouler sans effort
aux vibrations de tes sons
que j'avais senti fondre en moi
comme une source de réconfort
s'écoulant de ta douce chaleur
ces soirs de grand vent retors
où dans le silence et la paix
je t'avais rencontré

Depuis quand
nous sommes-nous séparés
Je me suis égarée
dans l'obscurité du soir
qui m'a tant effrayée
affolée je n'ai pas osé
revenir sur mes pas hésitants
fonçant toute recroquevillée
vers de nouveaux espoirs

Te souviens-tu de ce jour
où nous nous sommes retrouvés
La douceur de l'été
la nuit calme et protectrice
la Seine belle et ténébreuse
Paris qui nous souriait
les gens qui saluaient
nos rires et notre joyeuseté
tout laissait accroire
que l'attente et l'espoir
n'avaient pas été vains
nous faisions confiance
au temps et à ses lendemains

Mais peu à peu
au cours de nos brèves rencontres
- qui n'en furent pas d'ailleurs –
où nos regards un peu perdus
s'égaraient dans le jour brumeux
j'ai senti comme toi-même
que le fil musical s'était rompu

Aujourd'hui je vais je viens
sans trop savoir ce que je cherche
mais peut-être que demain
je cueillerai à nouveau
de jolies fleurs de pluie
pour les accrocher
à l'arbre aux souvenirs.

à B., mon ami de toujours


Dure, dure, la vie d'artiste, quand on vit avec un chat !

dimanche 7 août 2011

écho du jour (hôtel du nord)

ALEXANDRE TRAUNER
HOTEL DU NORD
"Le canal Saint-Martin"
Maquette du décor du film de Marcel Carné 


Dans ma cage d'escalier, j'ai un poster de cette maquette du décor du film Hôtel du Nord, de Marcel Carné (cliquer ICI, si vous êtes cinéphile et intéressé(e) par la période années 30), réalisée par Alexandre Trauner (1906-1993). J'aime beaucoup ce décorateur de cinéma. On oublie souvent que, outre les films de Carné, d'Allégret, de Grémillon, il a aussi apporté sa contribution dans de bons et beaux films comme Don Giovanni, de Joseph Losey, L'homme qui voulut être roi, de John Huston, La Vie privée de Sherlock Holmes, La Garçonnière, tous deux de Billy Wilder, sans parler de sa collaboration aux côtés de réalisateurs aussi prestigieux que Luis Bunuel, Jules Dassin, Orson Welles, Luc Besson, etc. Je l'ai dit sur mes blogs, j'aime le cinéma pour le cinéma, c'est-à-dire tout ce qu'il y autour (le décor, la musique, les dialogues, les acteurs, tout ce qui contribue à me laisser en mémoire les "sensations" d'un film, alors que j'en aurai parfois oublié l'histoire à proprement parler...). Hôtel du Nord ? J'ai oublié l'histoire, mais pas les fameuses répliques, dont, bien sûr "Atmosphère, atmosphère...", dont parle Toti, à qui je dédicace ce billet !
J'aime beaucoup ce quartier parisien, souvent décrit dans les romans de l'époque (Francis Carco, Pierre Mac Orlan, Roland Dorgelès, Léo Malet...), situé dans le 10ème arrondissement de la capitale, j'ai failli louer, un jour, un appartement dans la rue des Vinaigniers, mais Oli avait fait la moue en me disant, sur le ton d'une boutade, "personne n'acceptera de venir dîner chez nous, avec une adresse pareille !". Ah bon... C'est dommage, j'avais vraiment l'impression de me retrouver dans les décors de Trauner !

mercredi 3 août 2011

il pleuvait, ou bleu passion pour un pied qui sent bon

Il pleuvait. J'étais vaincue par la tempête.
Pour la première fois je ne faisais pas la fête
Sombres jours ! Je rentrais lentement
Laissant sur moi ruisseler mes vêtements
(...)
Il pleuvait, il pleuvait toujours. La froide bise
sifflait ; sur la grève, dans mes lieux bien connus...
Où, souvent en bottes, je n'allais jamais pieds nus
(...)
Poulopry, Poulopry, Poulopry morne plaine !
(...)
Et toujours, l'horizon, sombre comme la mer
(...)
Je pourrais continuer ainsi un petit moment, pour le plaisir, mais c'est pas bien, hein Victor, de détourner ton si beau poème ? Mille pardons, mes potacheries prennent souvent le dessus dans la vie, histoire d'oublier qu'elle n'est pas toujours rose, que le soleil ne brille pas souvent, pas pour tout le monde en tout cas...
Lors de mon dernier séjour en Bretagne, non je n'étais pas frigoriée comme les soldats de Napoléon au seuil de leurs bivouacs désolés, mais, à force de dire qu'il pleuvait, la répétition de ces deux mots, lancinante, m'a fait repenser à ces vers magnifiques d'Hugo, "il neigeait", dans son poème dédié à la gloire de Napoléon (sans moi, hein !!!) où tout son talent de visionnaire a éclaté (*). Et même si, entre deux activités très gourmandes (voir ICI), j'ai passé beaucoup de temps en contemplation et méditation, je n'ai pas, malheureusement, vu luire dans ma vitre des constellations (**)... J'ai encore du chemin à faire avant d'atteindre la zénithude !!!
(*) L'expiation, de Victor Hugo, extrait de "Les Chatiments"
(**) Le mendiant, du même, extrait de "Les Contemplations".



Pas de neige, certes, mais de la pluie et du vent pendant tout le séjour, sans discontinuer, j'ai même remis le chauffage dans la maison de peur que mes invités à dîner prennent froid dans ma chaumière !!! Je n'avais jamais vu ça, même en hiver, jusqu'à présent, depuis que nous allons régulièrement dans cette région ! Une tentative de sortie au sillon de Talbert s'est soldée par un trempage des pieds à la tête, sanction sans appel à mon intrépidité, les ostréiculteurs en rigolent encore sur leur tracteur sillonnant la mer à l'heure de la marée basse pour aller travailler leurs huîtres, et mes oreilles bourdonnent toujours du vent nord-est impitoyable pour ceux qui n'y sont pas habitués... Cette vague de froid était généralisée dans la France à ce qu'on m'a dit, ce n'est pas une consolation. Quoique, j'ai passé mon temps à relire des bouquins, dont le curieux Kafka sur le rivage (voir ibid.)... Puis, j'ai été rappelée aux tristes contingences de ce monde sans pitié : le billet pour la rubrique Saveurs de septembre du magazine de CC n'était toujours pas pondu !!! Dare dare, je m'y suis mise, sans état d'âme ni peaufinage, envoyé par mail le jour même, retour en PDF presque illico presto (le temps de monter, quand même, me dit-elle !!!) ! Promis, la prochaine fois, je m'y prends plus tôt ! Ah, que ferions-nous sans internet !!!
Ah ! les champignons, ils n'auraient pas fait perdre son latin à notre Rabelais, érudit, gourmet et paillard, dont le talent aurait été à la hauteur de mots audacieux transformant en quelques envolées une balade en fôrêt en ballade des gens joyeusement hallucinés, voire en conte des plus grivois, tant le monde des champignons prête à tous les appétits par leurs formes, leurs noms plus évocateurs les uns que les autres, juste par tournage rapide des pages des ouvrages à eux consacrés, où clitocybe améthyste côtoie allégrement clitopile petite prune, inocybe à mamelon, volvaire visqueuse, coprin chevelu, lépiote déguenillée et phalle impudique (ou satyre puant !), tout cela dans un nébuleux marasme, sans parler de galère, etc. !
L'automne, c'est assurément la saison où l'humidité contenue dans l'air rend la lumière tellement splendide par transparence que les amoureux de la nature ne résistent pas à l'envie de la photographier sous toutes ses coutures. Un de leurs sujets de prédilection, les champignons, un monde visuel épatant, magique, à l'image des illustrations de nos livres d'enfance !
Tricholome pied bleu

On ne présente plus ces étranges "individus", présents partout dans notre vie, à notre insu même. Leur univers reste peu connu, en raison de leur groupe comportant un nombre d'espèces sur terre incalculable. Entre "végétal" et "animal", ils constituent un règne entièrement à part. Pour ceux qui m'intéressent ici, les champignons perceptibles à l'oeil nu, on se demande comment, par miracle, en l'espace d'un temps record, ces organismes invisibles qui vivent souvent cachés, grâce à leur mycélium, dans le sol, le bois pourri ou autres substrats propices à leur développement, surgissent soudain sous nos pas à la bonne saison, tout en pied et avec leur fringant chapeau, pour le plaisir non seulement de nos pupilles mais également de nos papilles. C'est en effet lors de ces promenades en forêt que ceux qui aiment cuisiner se mettent à rêver de rentrer à la maison avec un panier rempli de ces succulents champignons comestibles qui font les gorges chaudes de tout gourmand/gourmet, même du moins toqué !

Fistuline hépatique ou langue de boeuf
Attention cependant : derrière leur allure charmante, beaucoup d'espèces sont toxiques, et même, parmi les comestibles, certains prêtent parfois à confusion dangereuse. Prudence donc si vous êtes cueilleur novice, comme moi, qui ne ne consens à cueillir un champignon qu'une fois qu'il m'a été présenté par une personne au-dessus de tout soupçon ! Non, non, ce n'est pas une question d'éducation, mais je n'invite à ma table que ceux avec qui j'ai des affinités absolues, ce qui passe par une observation sans faille et de longue haleine ! L'heureux cueilleur averti saura, pour sa part, reconnaître aisément ses champignons favoris : la morille, une espèce de printemps dont la rareté justifie le prix prohibitif sur les marchés ; plus tardifs, la fin de l'été et l'automne étant les grandes périodes de récoltes plus variées, voici les bolets, dont le fameux cèpe de bordeaux, la coulemelle (lépiote élevée), la girolle, la trompette-des-morts, la pleurote…, tous faciles à trouver au marché. Quant à l'amanite des césars (l'oronge), l'amanite rougissante (la golmotte), le lactaire délicieux, pour ne citer que les plus recherchés, ils trouveront sur leur chemin la convoitise de tout amateur éclairé !
Plus délaissé en raison de son arôme prononcé, et pourtant tout aussi, sinon plus, savoureux que le cèpe, à mon humble avis, voici le tricholome pied bleu (Lepista nuda) qui me met dans tous mes états lorsque j'ai le bonheur de tomber nez à nez avec lui au coin d'un bois ! Il est, en raison de ma passion pour sa couleur et de son odeur qui me rappelle celle d'un bon gâteau sortant du four, le premier de mes champignons préférés, devant l'agaric champêtre (le rosé des prés, l'ancêtre du champignon de Paris) et le coprin chevelu : facile à reconnaître grâce à ses caractéristiques et présentant peu de risque de confusion avec des espèces mortelles, il faut avoir quand même avoir l'œil exercé pour le distinguer au milieu des feuilles mortes, la couleur beigeâtre du dessus de son chapeau se fondant parfaitement dans les nuances automnales. C'est lorsque la lumière n'est pas trop éblouissante mais assez contrastée qu'on aperçoit dans la pénombre son pied et ses lamelles d'un bleu intense tirant sur le violet. Il apparaît dès le printemps, mais abonde surtout en octobre-novembre, à partir des premiers froids, il m'est même arrivé de le débusquer sous la neige... Il pousse en troupe ou en cercle, sous feuillus ou conifères. C'est un champignon désormais exploité en culture de la même manière que le champignon de Paris, mais je n'ai jamais retrouvé dans l'espèce cultivée cette délicieuse fragrance qui en fait la spécificité.
Les champignons sont des aliments peu caloriques. Pour leur utilisation, il faut savoir que certains, même comestibles, sont toxiques à l'état cru et ne se consomment que cuits, telle la morille. En revanche, d'autres, comme la fistuline hépatique (aussi appelée "langue de bœuf", alors que sa forme rappelle plutôt un... foie !), sont meilleurs crus, juste détaillés en carpaccio, par exemple. Il est prudent de se documenter dûment sur les espèces récoltées avant tout emploi culinaire.
Enfin, à défaut d'être cueilleur, on peut se régaler de l'inégalable champignon de Paris, à mettre à toutes les sauces ! Pour ma part, j'en consomme beaucoup (j'en achète régulièrement 2 kg par semaine : une fois bien nettoyé, je les stocke au frigo sans problème). Cru ou cuit, celui-ci se prête à bien des recettes. Je préfère, à l'achat, le brun, plus parfumé et ferme que le blanc. Outre les préparations traditionnelles, par exemple, pour accompagner un lapin chasseur, garnir une bouchée à la reine ou une quiche, si vous les choisissez très fermes, il est délicieux cru, en salade : couper court le pied, émincer en lamelles, assaisonner avec du jus de citron, de l'huile d'olive, une pointe d'ail ou de l'échalote, un peu de sel et de menthe ou persil haché, du poivre, c'est tout !
Le pied bleu, quant à lui, se prête presque aux mêmes préparations en cuisine, mais il est conseillé de ne le consommer que cuit. En poêlée : couper les chapeaux en gros morceaux, faire revenir ceux-ci dans de l'huile très chaude une dizaine de minutes, ajouter en fin de cuisson un peu de sel, de poivre, de persil haché et de beurre si vous n'avez rien contre. Cette poêlée accompagne à merveille toute viande rôtie ou, si vous êtes végétarien, un riz nature ou des pommes de terre vapeur dont elle relèvera excellemment le goût. C'est ainsi qu'on profite le mieux de la subtile saveur et du parfum de ce champignon qui, pour être commun, n'en est pas moins délicieux, c'est pourquoi, d'ailleurs, je proscris l'ail pour lui. En risotto (recette ci-après) il s'accommode bien de quelques dés de blanc de poulet cuit, et, mieux, de quelques dés de foie gras, un plat simple se transformant de la sorte en mets raffiné que vos invités ne bouderont pas !

 
Le classique mais savoureux champignon de paris !

RISOTTO au PIED BLEU
INGREDIENTS pour 4 personnes :
• 150 g de riz à risotto (arborio ou carnaroli)
• 300 g de pieds bleus coupés en morceaux
• ½ litre de bouillon de volaille
• 1 gros blanc de poulet poché dans de l'eau frémissante 10 mn, refroidis puis coupés en petits dés,
• échalotes et ail hachés fin
• une cuillérée de crème fraîche (facultatif)
• sel, poivre
CUISSON :
• faire revenir l'échalote et l'ail, y jeter les champignons, cuire 5mn, réserver ;
• faire revenir le riz avec un peu d'huile neutre, puis mouiller avec le bouillon de volaille fait maison ou préparé selon le mode d'emploi du cube ; cuire à feu moyen 20 mn environ ;
• ajouter dans l'ordre : la crème fraîche, les dés de poulet, les champignons, en mélangeant doucement entre chaque étape pour que l'ensemble soit homogène et très chaud.
Servir aussitôt. Avec un bon vin blanc type savagnin (ou un autre vin du Jura) (*) c'est parfait !

(*) Pour ces vins, je m'adresse à la maison Philippe Butin à Lavigny ou Morel-Thibaut à Poligny, deux producteurs très sérieux, ça se démarque de la grosse cavalerie qu'on trouve actuellement chez les négociants en tous genres...

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Je dédicace ce billet à Annabelle, ma nièce, actuellement en randonnée dans le Vercors, belle région pour la cueillette des champignons...
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jeudi 7 juillet 2011

passe passe le temps, il y en a pour longtemps !

Promenons-nous dans les bois..., en attendant
que les griffes de la Chipie repoussent !
Que faire, quand un véto pas très malin a profité d'une anesthésie en vue d'un détartrage des dents, et sans vous en référer, pour couper les griffes de votre p'tit fauve alors que vous étiez sur le départ pour la... campagne, sa campagne, où il est né, où il aime gambader, grimper aux arbres, monter sur les toits car c'est plus rigolo de rentrer par les vasistas ou fenêtres que par la porte de la maison alors pourtant qu'elle est toujours grande ouverte pendant la journée, quand ce n'est pas affronter ses congénères pour récupérer son territoire largement occupé pendant son absence ?!! Que faire, "que faire, quand on ne sait pas quoi faire" comme dirait Anna Karina (*), à part piler du poivre et être obligée de revoir son agenda en attendant que "ça repousse" !!! Oui, parce qu'il me l'a dit, le grand maigre à lunettes, "Ce n'est pas grave, ça va repousser" !!! Sauf que, lui, il les a coupées à ras, mais alors à ras, comme je ne l'ai jamais fait, me contentant, lors des séances de manucure de ma tête poilue à lui sectionner juste les pointes tranchantes qui vous tatouent d'une marque chat-nail gratos presque pour la vie lors de vos débats ludiques à défaut d'être lubriques ! Bon, ça ne sert à rien de rager en long, en large, en travers, maintenant que le mal est fait. Tiens, si j'allais faire un tour au bois pour me calmer ! J'ai la chance d'en avoir un à deux pas de chez mois, j'aime bien m'y promener pour m'aérer l'esprit quand il est engorgé de questions inutiles car ne faisant pas avancer les choses dans ma vie, mais sur lesquelles j'aime bien m'attarder parce qu'elles me procurent l'impression d'avoir des sensations (ou vice-versa ?). Il me revient une phrase de Pessoa, "je ne suis pas sûr d'aimer les gens, mais seulement les sensations qu'ils me procurent", ou quelque chose comme ça (**), cela semble cynique, n'est-ce pas, et pourtant... J'ai si souvent l'étrange impression qu'il en est de même pour moi. Depuis mon enfance, à force de me blinder contre les sentiments, ces émotions peu dignes lorsqu'il faut avant tout garder sa fierté et ne rien laisser transparaître de ce qui pourrait trahir vos faiblesses, en un mot, mettre au placard votre sensiblerie, pour toujours faire face aux dures réalités de notre société sans pitié, qui vous démunit de tout du jour au lendemain jusqu'à votre identité nationale, jusqu'à gommer même vos marques de naissance (non, non, je ne vais pas vous faire le coup de François-René (***), ce pauvre vicomte désargenté), j'avoue qu'il m'arrive parfois de m'interroger sur cette indifférence qui m'habite souvent, comme si j'étais lasse d'avance des fins inéluctables de tout. Le genre humain m'a souvent déçue, j'ai une grande acuité d'avance de ce que sera le comportement des gens que je rencontre, cela de prime abord, même si cela ne m'empêche pas de lier sympathie, amitié, amour, j'agis souvent comme si j'étais toujours extérieure à moi-même, un spectateur de ma propre vie, plus qu'un acteur. C'est un peu étrange… J'imagine toujours la fin des histoires alors qu'elles ont à peine commencé, la mort des gens alors qu'ils sont à peine nés… Dans mon milieu professionnel, on me dit altière, intimidante, voire "bizarre", parce qu'on ne sait rien de moi, de ma vie, alors on m'en invente une à travers le peu que je laisse inévitablement échapper de moi… Et pourtant, j'ai des coups de cœur, de foudre, en amitié comme en amour, pour des gens dont rien ne laisse soupçonner que je pourrais, a priori, avoir une histoire avec eux (c'est comme sur les blogs !!!). Je ne recherche pas la compagnie des gens qui me "ressemblent", qui pensent, qui aiment, qui font la même chose que moi, je trouve même cela très ennuyeux, j'aime le partage au-delà des mots, à travers les silences que laissent les mots… Pourquoi mes blogs sont-ils si bavards alors que, en réalité, j'adore le vide qu'on remplit de rien, ces espaces où le non-temps est roi, où le non-être est de mise, ces paysages où l'on entend voler les insectes, bruisser le feuillage des arbres… Tous ces éléments qui n'ont d'existence que parce qu'ils révèlent mes inquiétudes, ma souffrance, ma difficulté à me frayer un chemin dans ce monde en pleine mutation... Mystère, mystère… Et pourquoi, toujours, remettre à demain encore, ce que je dois faire dès à présent ??? "Procrastination et uchronie", billet écrit il y a bien longtemps, toujours sous le coude pour publication sur "cuisine(s) et dépendance(s), mais ce serait aussi une chronique de la mort annoncée dudit blog, inéluctablement... Encore un petit sursis pour lui, siouplé !
M'enfin, aujourd'hui, j'le jure, ce n'est pas de ma faute, mais celle du véto, si je repousse mes vacances ! je devrais être dans ma Bretagne, où mes plantes doivent mourir de soif, ma nouvelle plomberie toujours pas commandée dans la maison qui doit recevoir mes amis en août ! Ca finit par m'angoisser un peu quand même, de constater que je suis obligée d'être derrière tout le monde pour que les choses se passent efficacement, je n'ai jamais ressenti cela aussi fort qu'en ce moment. Suis-je en train de vieillir ??? Mince alors…
Il faut avouer que, entre le jardinier qui a dégarni tout un massif sans mon accord, exposant ainsi une partie de mon jardin à la vue des randonneurs, avec, pour moi, l'angoisse de me faire piquer mes jardinières ou poteries pendant mon absence, si ce ne sont pas les plantes elles-mêmes (si, si !), le véto qui bousille mon programme en prenant une initiative fort intempestive, le fait que je n'ai pas pris de travail en pensant partir en vacance, ma valse hésitation à fermer certains de mes blogs, tandis que je viens de récupérer mes lecteurs favoris sur celui-ci, mes états d'âme par rapport à ce quart d'heure de célébrité dont tout le monde rêve, paraît-il, à savoir passer à la téloche pour ceci ou cela, quand je relativise beaucoup lorsque je reçois des demandes de reportage (ARTE, ce n'est pas rien, quand même !), de participation à des manifestations locales, des rencontres de blogueurs, etc., je me demande si, outre le fait que tout cela me perturbe beaucoup, je ne me réfugie pas un peu facilement derrière le manque de temps (loisir) pour éviter toute contrainte et me laisser aller à ma paresse habituelle, celle de ne m'occuper des autres que lorsque je peux être totalement disponible, c'est-à-dire dégagée de tout ennui (****) ! Pourtant, je passe du temps avec les personnes que je crois aimer réellement, je leur consacre beaucoup de moi-même lorsque je les invite à dîner, mais je suis toujours réticente lorsqu'il s'agit de passer plus de moments avec eux, par exemple, un séjour de quelques jours me pèse si je n'ai pas mes plages de silence et mon espace vital, c'est pourquoi j'invite peu à Paris pour plusieurs jours, le fait de travailler à domicile ne falicitant pas les choses non plus. Et je ne suis pas faite pour vivre dans un clan, à l'inverse d'Oli qui s'accommode bien de toute situation… Bien que ma famille soit nombreuse, nous avons tous, je crois, été, mes frères et sœurs ainsi que moi-même, très individualistes, en vérité, nous nous connaissons peu... Peut-être pourrais-je expliquer cela par le propre itinéraire de mes parents. Pour ma part, je vis un peu comme eux. Beaucoup de monde à la maison, souvent, mais peu dans mon cœur que j'essaie de préserver de tout débordement, juste pour ne pas m'attacher, par peur de me laisser aller à les aimer trop, avec l'angoisse de les perdre un jour, d'une façon ou d'une autre… Adulte, longtemps, je n'ai pas su pleurer, ayant en mémoire un épisode de ma vie où, adolescente, j'ai eu la faiblesse de fondre en larmes lorsque, interrogée par le prof de latin, je n'ai voulu répondre, ayant d'autres préoccupations en tête… "Mais (Colibri), il ne faut pas pleurer pour ça, il y a des choses plus graves dans la vie !"… Oui mais, elle ne m'avait pas expliqué quelles étaient ces choses plus graves puisqu'elle n'avait pas compris que ce n'était pas pour ma leçon non apprise que je pleurais mais pour quelque chose de beaucoup plus dramatique, pour "ça" ! Ne pas confondre cause, effet et conséquence, et surtout ne pas balancer des sentences aussi lapidaires lorsqu'on n'a ni les tenants ni les aboutissants ne serait-ce que d'un fait ! Depuis lors, je reste impassible devant la mort, même des êtres les plus chers à mon existence. Je me souviens que, le matin de la mort de mon père, lorsque j'ai appris la nouvelle par l'un de mes frères, je n'ai pensé qu'au dîner que je devais assurer le soir même, impossible à décommander dans la mesure où des invités venant de loin (Bruxelles) devaient être présents, déjà arrivés sur Paris, sûrement, pour l'occasion programmée si longtemps à l'avance…

Pas comme ma promenade au bois, improvisée l'autre jour, où en dépit d'un cruel manque de temps, je me suis laissée tenter par une cueillette de prunes sauvages, elles me tendaient leurs branches chargées de fruits, si généreusement. Un cadeau de la nature, ça ne se refuse pas ! Si vous avez la chance d'avoir des pruniers dans votre jardin ou sauvages dans la nature environnante, j'ai publié mes recettes de gelée et confiture (cliquez ICI).
De saison aussi, mes souhaits de bonnes vacances à tous ceux qui me lisent ici ou là !
NB : ce billet est publié parallèlement sur le blog "cuisine(s) et dépendance(s).
Mes références cinéma ou lecture :
(*) Pierrot le fou, film de Godard
(**) Le livre de l'intranquillité, de Pessoa
(***) Mémoires d'outre-tombe, de Chateaubriand
(***) L'ennui, de Moravia